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L’Union Centrasiatique: le rêve de Nazarbayev est il un défi realisable ?

( 31 mai 2006, Marat Yermukanov)

 

Dans son discours à la nation en février 2005, le président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev a énoncé les grandes lignes d’une union des Etats centrasiatiques, pour la première fois devant un public étranger. Cependant, dans son message du 1er mars 2005, le dirigeant kazakh est resté assez vague quant à cette union et ne s’est pas prononcé au-delà de la nécessité de « coopération avec les Etats voisins de l’Asie centrale ».

 

Durant la visite officielle de Nazarbayev à Tashkent, le 19 mars 2005, le président uzbek Islam Karimov, qui s’est largement étendu sur « l’amitié éternelle et la fraternité » qui unit les peuples kazakh et ouzbek, a soigneusement évité le sujet délicat de l’union entre les Etats d’Asie Centrale, modelé sur l’exemple européen. Les évènements qui ont suivi la visite de Nazarbayev ont d’ailleurs démontré la détérioration des relations entre Astana et Tashkent. Le 19 avril, Bauyrzhan Akhmetov, un citoyen kazakh de 24 ans de la région de Saryagash dans le sud du Kazakhstan, a été battu et enlevé par les gardes frontières ouzbeks. Le Ministre des Affaires Etrangères kazakh a condamné cet incident et a qualifié le comportement des gardes frontières ouzbeks comme « inacceptable, illégal en termes juridiques et politiques ». Le ministre a exigé la libération immédiate d’Akhmetov. En guise de réponse, l’Ouzbékistan stoppe ses exportations de fruits et de légumes vers le Sud du Kazakhstan.

 

 Le président du Tadjikistan, Emomali Rakhmonov, qui s’est récemment rendu à Astana, a promis la livraison de légumes tadjiks. Mais le résultat des discussions a été moins productif qu’espéré en termes de coopération énergétique avec le Kazakhstan. En réalité, le Tadjikistan se repose sur le marché chinois pour l’exportation de ses ressources énergétiques plus que sur le Kazakhstan. De plus, dans le proche futur, la compétition énergétique entre le Turkménistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan pourrait dégrader leurs relations bilatérales.

 

 Les relations entre Astana et Bichkek ne sont plus aussi proches que du temps d’Askar Akayev. Le président kirghiz Kurmanbek Bakiev devra faire face à un agenda assez complexe lors de sa visite au Kazakhstan, prévue pour les 5 et 6 juin 2006. Bien que les problèmes de délimitation de frontières aient été réglés entre les dirigeants du Kirghizistan et du Kazakhstan, la ratification se fait toujours attendre, et ce, dû à des difficultés de nature empirique. En effet, à plusieurs lieux de la frontière kirghizo-kazakh, le contrôle frontalier est si faible que les autorités kazakhes ne sont plus en mesure de répondre au flux croissant de migrants kirghizes. De toute évidence, cette question figurera en haut de l’agenda des discussions de Nazarbayev avec Bakiev. Des escarmouches armées à la frontière kirghizo-tadjike, le 12 mai, servent de rappel aux autorités kazakhes quant à la vulnérabilité de leurs frontières méridionales aux attaques extrémistes notamment. Cependant, Bichkek résiste aux demandes kazakhes de rapatriement des immigrants kirghizes, invoquant divers prétextes. En réalité, Bichkek désirerait maintenir le statu quo à la frontière. Lors d’une visite à Astana le 12 mai du Secrétaire d’Etat kirghize, Adakhan Madumarov, ce dernier a prédit que les problèmes de frontière seraient réglés au cours de la rencontre des deux présidents. Une autre question assombrit la visite de Bakiev à Astana : celle de la dispute sur les ressources énergétiques et aquifères. Le Kirghizistan a stoppé ses livraisons d’électricité bon marché au sud du Kazakhstan, sous prétexte qu’aucun accord formel n’ait été signé entre les deux gouvernements. Le problème étant que l’accord sur l’utilisation conjointe les ressources énergétiques de la centrale hydroélectrique kirghize Toktogul, signé en avril par l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan, n’a pas encore été ratifié à ce jour. Selon Madumarov, l’Ouzbékistan ne montre que peu d’intérêt à la ratification.    

 

Durant les deux dernières années, le Kazakhstan a intensifié ses efforts en vue de promouvoir son image, recevant des décideurs politiques américains et européens. Le vice président américain Richard Cheney, lors de sa visite à Astana, le 6 mai, a souligné le rôle du Kazakhstan comme partenaire stratégique des Etats-Unis en Asie Centrale. De telles déclarations peuvent être bénéfiques idéologiquement à Astana, mais en termes pratiques, elles ne peuvent que renforcer les rivalités entre le Kazakhstan et ses voisins. Plus que cela, des analystes politiques craignent que la compétition continuelle entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis ne sèment les graines de la désunion parmi les nations centrasiatiques, les opposant les unes contre les autres. Théoriquement, c’est dans l’intérêt des trois grandes puissances que de promouvoir une union d’Etats indépendants politiquement stable et économiquement prospère dans la région riche en pétrole de la Caspienne. Mais le caractère chaotique des relations entre les pays d’Asie centrale et l’absence de volonté de former une alliance économique et politique viable indique qu’il faudra attendre des décennies pour voir le rêve de Nursultan Nazarbayev d’une union des Etats d’Asie Centrale devenir une réalité.

           

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