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31/08/2005 14:29:32

   

 

   Le regime de non proliferation nucleaire peut il rapprocher le Turkmenistan des Etats-Unis ?

 

Robert Joseph, le sous-secrétaire d’Etat pour la sécurité internationale et le contrôle des armements, a rencontré le président Niyazov, jeudi 6 octobre 2005. Durant cette réunion le Turkménistan a réitéré son attachement absolu au principe du régime de non prolifération.

 

Il y a au Turkménistan une politique ancienne et solide rejetant toute idée de prolifération. Cette politique concerne non seulement les armes de destruction massive, mais également les missiles et les matériaux et composants aéronautiques.

Le docteur Robert Joseph, ancien professeur en études de sécurité nationale et fondateur du Centre de recherche pour la Contre Prolifération en collaboration avec l’Université de la Défense Nationale, s’est rendu à Asghabat, capitale du Turkménistan afin de rencontrer le président turkmène et de s’assurer de la fermeté de cette politique.

 

Une rencontre couronnée de succès

Après cette rencontre avec le président Niyazov, Robert Joseph s’est adressé aux médias du pays.

“C’était un réel honneur de rencontre votre président ce matin. Nous avons pu nous entretenir sur de nombreux sujets. Sujets qui vont de la coopération en matière de sécurité régionale au respect des droits de l’homme et de la démocratie”.

“En particulier, nous avons parlé de l’initiative lancée par votre président et son gouvernement sur l’établissement d’une zone de non prolifération”, ajouta t il.

“Nos deux présidents partagent le souci de stopper le commerce des armes de destruction massive dans la région. Et, dans ce contexte, nous avons parlé de la nécessité d’empêcher le survol de votre pays par ceux qui utilisent la liberté aérienne pour le transport de matériaux prohibés.

C’est une évidence que nos deux pays doivent coopérer en matière de protection frontalière pour contrer cette menace. Mais il est également important que les progrès concernent les droits de l’homme et la démocratie, comme je l’ai mentionné auparavant”.

Le sous-secrétaire d’Etat a ensuite félicité le Turkménistan pour son rôle dans la lutte mondiale contre le terrorisme, “nous avons une forte tradition de coopération en matière sécuritaire entre nos deux nations. Votre pays joue un rôle très important dans la guerre contre le terrorisme et s’engage de plus en plus dans le combat contre la prolifération des armes de destruction massive”.

 

Le régime de non prolifération en Asie centrale

Le Turkménistan a toujours, depuis son indépendance au début des années 1990, revendiqué son appartenance au régime de dénucléarisation dans la région.

L’initiative d’une zone dénucléarisée centrasiatique (CANWFZ) a pris forme en Mongolie en 1992. Le projet a été ensuite repris par l’Ouzbékistan lors de la 48 ème session des Nations Unies en 1993 après consultation des autres Etats centrasiatiques.

Le 27 février 1997 les présidents des Etats d’Asie centrale ont adopté à l’unanimité la déclaration d’Almaty, déclaration réitérant les espérances de voir la zone centrasiatique dénucléarisée dans un avenir proche et qui combinait à la fois les objectifs de sauver la mer d’Aral et de la protection du système commun fluvial.

Les termes du document ont très peu changé depuis 1997. L’accord de 1997 lie les Etats signataires au respect du régime de non prolifération, des règles de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique notamment en ce qui concerne l’introduction des mesures standards de sécurité entourant les installations nucléaires.

Enfin, les Etats signataires ont du adopter entièrement les obligations découlant du traité de non prolifération.

Nouvelle étape, les pays d’Asie centrale ont approuvé un nouveau texte, renforçant le précédent, à la réunion de Tashkent qui s’est tenu du 7 au 9 février 2005. Le document final se révèle, finalement, très proche de la version originale.

Déclarant l’Asie centrale comme une zone dénucléarisée, le document devait souscrire logiquement aux exigences de Washington.

 

Un discours américain confus

Cependant, comme l’Associated Press l’a rapporté le 5 Octobre 2005, les ambassadeurs américains, anglais et français aux Nations Unies ont rédigé en commun une lettre, par la suite envoyée aux ambassadeurs des Etats d’Asie centrale et leur ont notifié que le traité dûment signé et adopté à Tashkent le 8 février 2005, ne pouvait leur être opposé, et qu’ils le dénonçaient.

AP cite quelques citations de cette lettre : “Comme vous devez vous en douter, la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne soutiendront pas le traité CANWFZ si le traité du 8 février 2005 ne subit pas des modifications préalablement à toute discussion”.

“La lettre n’a pas mentionné le contenu des oppositions, mais le texte du traité laisse supposer que le langage ambigu de la clause (Article12) qui offre la possibilité d’une supériorité des traités en matière de sécurité conclus avant le traité”, indique AP.

Cette position peut paraître difficile à comprendre, puisqu’elle contredit les conditions réclamées des Etats-Unis durant les étapes préliminaires de discussion du traité.

Il est donc, ici, approprié de jeter un coup d’œil sur ce qu’était la position officielle américaine avant cette lettre.

Durant la conférence du 15 au 17 septembre 1997 sur la dénucléarisation de la zone centrasiatique, la délégation américaine avait alors souligné que tout traité ou convention établissant une zone où les armes nucléaires seraient prohibées, devait être conforme à une série de sept critères jugés par l’administration américaine comme indispensables, pour obtenir le soutien des Etats-Unis.

Le quatrième critère concernait notamment les accords de sécurité préalablement conclus. Selon ce critère, “ l’établissement d’une telle zone ne [devait] pas annuler les accords sécuritaires antérieurs au détriment de la sécurité régionale et internationale ou des droits inhérents à la personne humaine tels que définis par la charte des Nations Unies.

Autrement dit, les zones régionales dénucléarisées ne devaient que renforcer la sécurité déjà existante du fait de ces accords.

“Ils ne [pouvaient] pas remettre en cause les accords bilatéraux, régionaux ou internationaux, les alliances et les institutions portant sur la sécurité internationale et la stabilité”.

Important aussi était le sixième critère selon lequel “l’établissement d’une telle zone ne [devait] pas affecter le droit des Etats centrasiatiques à accorder des droits de passage dans leur espace terrestre, maritime et aérien à d’autres Etats non parties au traité”.

D’où la confusion due aux contradictoires des positions officielles américaines.

Mais si les Etats-Unis ont refusé en 1997 de soutenir le traité CANFWZ s’il représentait une menace pour “les accords en matière de sécurité déjà conclus“ et qu’ils s’y opposent désormais parce qu’il “donne une prééminence juridique aux accords sécuritaires sur le traité”, quelle vision de l’Amérique est donnée à travers cette confusion absurde?

La position américaine de 2005 est en effet entièrement contraire à celle de 1997. Pire, aucune explication n’est donnée à ce revirement de politique. Cela pose obligatoirement la question de la sincérité de la Maison Blanche sur un domaine aussi important que la prolifération nucléaire.

 

L’image des Etats Unis

Par conséquent, et presque logiquement dirons nous, l’image de Washington s’est considérablement ternie dans la région. Il est probable même que la crédibilité politique des Etats-Unis en Asie centrale est à son plus bas niveau.

Il est fort à parier que Ms. Condoleezza Rice tient compte de cette évolution alors qu’elle s’apprête à s’envoler pour une visite officielle dans la région, la semaine prochaine.

Cette visite, annoncée par l’agence Reuters le 4 Octobre 2005, “le Secrétaire d’Etat Ms. Condoleezza Rice effectuera des visites officielles en Asie centrale la semaine prochaine en vue d’amoindrir les pressions russes et chinoises sur une région instable et s’éloignant de plus en plus de Washington”.

Alors que le Turkménistan, suivi par ses voisins centrasiatiques font de leur mieux pour établir une zone régionale dénucléarisée, des engagements plus clairs et moins contradictoires sont sollicités des Etats-Unis.

Etant donné les signaux plus que contradictoires provenant de Washington, la région centrasiatique semble trouver de plus en plus du mal à accepter sans les discuter les discours des envoyés de la Maison Blanche.

Y compris le Turkménistan.

 

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