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Le tandem Russo-Kazakh : l’alliance fragile ( 26 janvier 2005 Marat Yermukanov)
Bien que les enjeux principaux comme la délimitation des frontières entre le Kazakhstan et la Russie sont désormais réglés et que le renforcement des relations économiques est en tête de l’agenda de la visite du président Putin à Almaty le 11 janvier 2005, beaucoup de points délicats demeurent. La presse officielle kazakhe, forte de l’héritage soviétique de ne jamais annoncer les visites des chefs d’Etat avant leur venue, n’a fait pas mention de la visite officielle de Putin à Almaty avant le 11 janvier. L’énigmatique président russe a souligné que le but de sa visite concernait le développement des ressources énergétiques, la coopération bilatérale au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai et de l’Espace Economique Unique. Le président kazakhstanais Nursultan Nazarbayev n’a pas semblé ajouter de points de discussion sur l’agenda commun de cette visite. Puis, une semaine plus tard, Nazarbayev s’est envolé pour Moscou afin de signer l’accord final de délimitation des frontières entre les deux pays. Mais une question de pose : pourquoi le problème des frontières, le point de discussion ayant créant le plus de tensions durant les cinq années passées, a été réglé dans l’espace de seulement deux mois ? La région disputée, riche en champs gaziers a été une pomme de discorde entre les deux voisins durant une longue période. Il n’y a qu’un an que le président Putin a déclaré publiquement que la Russie et le Kazakhstan avait « de très sérieux problèmes de frontières ». En ce sens, son attitude ne se distinguait pas vraiment de celle de son prédécesseur, Boris Yeltsin, lorsque pour lui, le Kazakhstan était plus le « ventre » de la Russie qu’un partenaire avec une politique étrangère indépendante. Cependant, pendant les dernières années, Moscou a tempéré remarquablement sa rhétorique impérialiste et a abandonné, du moins officiellement, ses réclamations territoriales à propos de cinq régions frontalières du Kazakhstan, régions qui devaient être annexées selon les plans de l’ancien président soviétique Nikita Khrushev. Beaucoup d’observateurs interprètent ce changement de comportement du Kremlin comme une conséquence de la révolution orange ukrainienne. De toute apparence, le syndrome ukrainien fut la toile de fond de la rencontre informelle entre les dirigeants russe et kazakhstanais à la station de ski Shymbulak, inaccessible aux journalistes. Clairement, la menace d’une révolution orange a été des facteurs qui a pu rapprocher Astana et Moscou. Avec les élections présidentielles qui doivent se tenir l’année prochaine au Kazakhstan, Nazarbayev rencontre des problèmes face à une opposition politique interne. Le mois dernier, la Cour Suprême a banni le principal parti d’opposition « le Choix Démocratique du Kazakhstan ». En même temps, sous les pressions internationales et internes, l’Etat a accordé plus de pouvoirs au Parlement en l’autorisant à nommer des responsables aux postes gouvernementaux. Si les élections présidentielles kazakhs prennent un tour à l’ukrainienne, le principal perdant sera probablement Putin et non Nazarbayev. Traditionnellement loyal à Moscou, Astana est perçu par Moscou comme un des derniers bastions de la Russie au sein de la Communauté des Etats Indépendants. Dans sa position actuelle, la Russie ne peut se permettre d’imposer ses volontés de « grand frère » aux pays d’Asie centrale. Mais pour le Kazakhstan, le temps n’est pas venu pour tourner le dos à Moscou. Au contraire, accueillant Putin les bras ouverts, Nazarbayev a souligné qu’il « reconnaissait en la Russie son principal partenaire ». Cette déclaration contredit la ligne officielle d’une diplomatie multi vectorielle défendue par le Ministre des Affaires Etrangères kazakh, Kasymzhomart Tokayev, quelques jours plus tôt, qui avait appuyé sur le besoin du Kazakhstan d’établir une politique étrangère équilibrée entre les grandes puissances présentes dans la région, la Chine, la Russie et les Etats-Unis. Le revers politique de Moscou en Ukraine a remis en cause tous ses espoirs d’intégrer la Biélorussie, la Russie, le Kazakhstan et l’Ukraine au sein d’un espace économique unique. Mais dans l’état actuel des choses, Moscou et Astana semblent être les deux seules capitales soucieuses de construire cet espace économique prometteur. La Biélorussie, empêtrée dans ses propres problèmes économiques, n’est pas dans une position qui lui permet de survivre sans l’aide russe. Malgré ses discours de loyauté envers Moscou, Astana cherche à se diriger de plus en plus vers une politique économique indépendante. Comme manifestations de ce souhait, on peut citer la baisse drastique des importations d’électricité en provenance de la Russie, de la part de la région d’Aktobe après la construction d’une centrale d’électricité de haute capacité. La semaine dernière, le gouvernement kazakh a soulevé la possibilité de bannir les importations de chocolats et de friandises, sans mentionner la Russie comme principal exportateur. Tous ces signaux démontrent une rupture grandissante, quoique imperceptible, dans les relations économiques russo-kazakh ; cette rupture pourrait par ailleurs avoir des conséquences au niveau politique. Dans ce contexte, le paranoïa de la révolution orange sert de facteur de convergence entre Astana et Moscou.
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