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La réalité de l’impact du sentiment de frustration pesant sur l’approvisionnement énergétique de l’Europe

 17 juin 2006

 

La sécurité énergétique de l’Europe requière une attention immédiate et une attention soutenue. La première chose à faire afin d’opérer une réponse à d’éventuelles menaces est d’abord d’identifier celles-ci.

A fin d’explication des tensions énergétiques qui existent aujourd’hui en Europe, on peut avancer l’idée qu’il y a eu échec à jauger efficacement et rapidement les évènements récents. Alors même que le basin de la Mer Caspienne et la région d’Asie centrale possède 1/3 des ressources d’hydrocarbures restantes dans le monde, ce n’est que récemment, soit de manière bilatérale soit communautaire, que les Etats européens ont commencé à prendre pied dans la zone et à entreprendre des démarches pratiques afin de relier les sources énergétiques centrasiatiques à l’Europe. Cela pouvait apparaître comme déjà étant trop tard.

 

L’Asie centrale était, et dans une certaine mesure est toujours, destiné à coopérer avec l’Europe mais la politique américaine actuelle tend à brouiller cette direction. Durant les quinze ans entre la dissolution de l’Union Soviétique et aujourd’hui, l’Europe n’a jamais montré son inclination à vouloir s’affirmer dans la région.

 

Voyons certains éléments qui auraient pu être faits durant ces quinze années pour sécuriser les sources d’approvisionnement en pétrole et en gaz en provenance de l’Asie centrale vers l’Europe.

  • L’abandon du corridor iranien qui offre une des meilleures voies de passage pour l’évacuation des ressources énergétiques centrasiatiques se révèlera peut être dans l’avenir avoir été un mauvais choix. Des pipelines construits en Iran quinze ans avant et la consolidation de partenariats stratégiques entre l’Iran et l’Union Européenne auraient pu servir aujourd’hui de puissant levier pour négocier avec ce pays.
  • Au lieu de vouloir implanter le type occidentale de démocratie dans les pays d’ex union soviétique, il aurait été préférable d’élaborer une politique, des programme pour interagir avec eux afin de promouvoir des changements et des ruptures qui se révèleraient par la suite irréversibles et plus favorables à l’instauration d’un Etat de droit et du respect des principes de liberté. La démocratie en Europe ne s’est pas importée d’une autre région du monde, mais s’est construite en dedans.
  • La conditionnalité des investissements économiques à des réformes politiques se révèle aujourd’hui être une mauvaise politique. Dans un monde où les sources d’investissement se diversifient, les politiques de restriction peuvent amener les régimes centrasiatiques à se tourner vers d’autres horizons.
  • L’Union Européenne aurait dû s’écarter de politiques d’imposition systématique de notions de valeur occidentales. Qu’entendons nous lorsque nous parlons de « régime » pour qualifier les républiques centrasiatiques et de « gouvernement » pour les pays américains ou européens ? Lorsque nous parlons de société civile et du soutien qu’il faut lui accorder, pourquoi invariablement ces soutiens doivent se diriger contre le gouvernement en place ? Une société civile est elle une société en conflit avec une autre ?

 

Il existe actuellement en Asie centrale un sentiment de frustration aussi bien des Etats et des gouvernements en place que des populations envers les Etats européens qui avaient, un temps, représentés l’alternative entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis.

 

L’identification des priorités et leur agencement

            Bien qu’il n’existe pas de menace première provenant de la frustration évoquée ci-dessus sur la sécurité énergétique de l’Europe, il se pourrait bien qu’elle devienne un élément de plus en plus important, au niveau des négociations futures avec les républiques anciennement soviétiques.

L’Europe doit lancer une réflexion nouvelle sur les Etats d’Asie centrale et repenser ses interactions avec cette région. Pourquoi ne pas échanger de vagues concepts et des conditionnalités souvent mal ressenties, mal évaluées et mal interprétées par une politique de prévention et de proximité quant aux difficultés qui se posent à ces pays : la sécurité humaine par exemple.

 

Il apparaît clair que si l’Europe maintient ce rôle où elle tend à laisser penser qu’elle milite pour une implantation de ses institutions et de ses valeurs sans politique de coopération, d’autres pays comme la Chine et la Russie prendront de plus en plus l’avantage sur les autres acteurs de la scène internationale dans cette région. Il est donc temps de s’asseoir et de voir ce qui a réussi, ce qui a échoué et les raisons de ces résultats.

 

 

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