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31/08/2005 14:29:32

   

 

                           Quand Washington repond à son expulsion d’Ouzbekistan

 

Ariel Cohen

EurasiaNet, 17 August 2005


 

Les officiels américains pensent que l’expulsion des forces américaines d’Ouzbékistan ne causera que des dommages minimes sur la stratégie globale de Washington en Asie centrale. Dans le même temps, un autre officiel avoue qu’une inquiétude croissante sur la volonté de la « corrélation des forces » dans la région à se mobiliser contre les Etats-Unis, existe.

Les officiels Ouzbeks ont notifié aux Etats-Unis le 31 juillet leur décision de voir partir les forces américaines de la base aérienne de Karshi Khanabad (K-2) dans les six mois. Cette base était située à 90 kilomètres au nord de la frontière Afghane. Certains experts aux Etats-Unis sont convaincus que l’administration d’Islam Karimov a pris un tel choix par crainte d’être victime d’un renversement de pouvoir observé en Géorgie, Ukraine et Kirghizistan. Elle accuse les Etats-Unis d’être à la manœuvre de toutes ces « révolutions colorées ».

A la suite des évènement du 13 mai dernier à Andijan –pendant lesquels des centaines de manifestants se sont fait tirés dessus sans avertissement par les forces de sécurité Ouzbeks-, Washington avait rejoint la demande des capitales occidentales réclamant l’ouverture d’une enquête internationale indépendante. Le gouvernement Ouzbek avait alors répliqué que ses troupes avaient réagi aux provocations d’un soulèvement Islamiste.

Tashkent avait rejeté la réclamation d’une enquête internationale indépendante, et avait immédiatement limité le nombre de vols de nuits à partir de la base de K2, qui était utilisée au soutien des opérations militaires en cours en Afghanistan. La décision d’expulsion avait été prise peu après le soutien qu’avaient accordé les Etats-Unis à l’évacuation des réfugiés Ouzbeks des camps au Kirghizistan vers la Roumanie. L’administration Karimov avait alors exigé que les réfugiés soient renvoyés vers l’Ouzbékistan, où, certainement, ils seraient arrêtés et confrontés à les pires tortures.

 La perte de la base de K-2 en elle-même ne remet pas en cause les capacités opérationnelles américaines en Afghanistan, ont indiqué des portes paroles du Pentagone. Le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld s’est déjà rendu au Kirghizistan et au Tadjikistan pour établir des accords stratégiques de remplacement. La grande base aérienne américaine à Manas, à l’extérieur de la capitale Kirghize Bishkek, est désormais destinée à recevoir une plus forte attention des autorités américaines et devrait voir son trafic aérien croître rapidement. Ce qui reste de la base de K-2 devrait être re-localisé à Bagram et à Kandahar en Afghanistan.

 Mais les officiels américains demeurent intéressés par le maintien d’une présence civile et militaire en Ouzbékistan. Selon une source anonyme au Département d’Etat, Washington devrait continuer à bénéficier des droits de survol du pays. Les autorités américaines souhaitent également maintenir une présence sur le terrain pour contenir un possible soulèvement du radicalisme islamiste dans la vallée de Ferghana, ainsi que de mettre un sérieux coup de frein au trafic de drogue afghan.

 Demeurant engagée avec le gouvernement Ouzbek dans de nombreux domaines, Washington cherche à atteindre un plus grand spectre d’acteurs politiques en Ouzbékistan. Les Etats-Unis, comme le révèlent les analystes, devraient considérer qu’il serait profitable de travailler avec les Ouzbeks qui souhaiteraient, le cas échéant, s’engager dans une optique d’une politique réformiste et coopérer avec les Etats-Unis sur des sujets d’inquiétude communs, dont la lutte contre le terrorisme et le radicalisme islamique.

Dans la crainte d’une future et probable détérioration des relations américano-ouzbèques, Washington va chercher à étendre sa coopération militaire et sécuritaire avec le Kazakhstan et le Kirghizistan, voire le Tadjikistan. En plus de l’assistance militaire –incluant les programmes d’entraînement aux Etats-Unis et des exercices conjoints dans la région-, Washington est prête à offrir à ses partenaires centrasiatiques, un soutien logistique et des conseils pour un meilleur contrôle douanier et une meilleure surveillance des transactions financières potentiellement liées aux opérations terroristes.

Alors que la fermeture prochaine de la base de K-2 n’est pas une calamité stratégique pour Washington, l’action de l’administration Karimov a néanmoins rappelé aux stratèges de défense américains le pouvoir croissant de l’Organisation de Coopération de Shanghai, un organisme de sécurité régional dominé par la Chine et la Russie. Peu de semaines avant la décision d’expulsion Ouzbek, l’Organisation avait appelé les Etats-Unis à établir un agenda de retrait de leurs troupes d’Asie centrale. Des experts américains avaient alors suspecté Moscou et Pékin d’avoir fait pression à la fois sur l’Ouzbékistan et le Kirghizistan pour qu’ils ferment les bases accordées aux forces américaines. Ce fut ainsi que Karimov agit, mais le président Kurmanbek Bayiev hésita à suivre la même voix et a assuré à l’administration américaine que ses troupes pourraient demeurer à la base de Manas autant que persisterait toute menace islamiste en Afghanistan.

Les calculs de la politique étrangère Ouzbek de ces jours ci semblent déterminés par le désir de Karimov de s’assurer que le soutien militaire américain ne s’accompagne pas de requêtes l’obligeant à réviser sa politique interne, notamment en ce qui concerne les droits de l’homme et la libéralisation des secteurs économiques. La Chine et la Russie sont, elles, bien plus tolérantes quant aux pratiques de l’administration ouzbek, et ont d’ailleurs assuré Karimov de tout leur soutien au lendemain des incidents d’Andijan. En effet, peu après ces évènements, Karimov s’est rendu en Chine, où il fut accueilli avec emphase avec en cadeau la signature d’un contrat portant sur le secteur énergétique d’une valeur de 600 millions de dollars. Dans le même temps, Moscou déclarait que les incidents survenus à Andijan faisaient partie de la politique interne ouzbek, et qu’elle avait refusé de prendre part à la réclamation de la communauté internationale pour l’ouverture d’une enquête internationale.

Les stratèges militaires américains portent actuellement une attention particulière à la coopération stratégique entre la Chine et la Russie. Les deux pays ont programmé leurs premiers exercices militaires en conjoint pour le 18 Août 2005. Ces manœuvres aéro-maritimes doivent mettre en œuvre pas moins de 10 000 soldats dans et autour de la péninsule chinoise de Shandong et à proximité du port russe de Vladivostok. Des observateurs des autres membres de l’Organisation de Sécurité et de coopération (l’Organisation parrainant ces manœuvres militaires) ont été invités à assister aux exercices. Ces derniers sont, si l’on en croit les déclarations russes et chinoises, « destinées à prévenir toute menace de terrorisme, d’extrémisme et de séparatisme ». Cependant, les experts américains pensent que l’utilisation planifiée de bombardiers lourds et de forces maritimes conventionnelles lors de ces manœuvres, indiquent que la Chine cherche à intimider Taiwan.

@Copyright Eurasianet 2005

        

   

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