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PROJET DE RECOMMANDATION (Mme DURRIEU)

sur la sécurité et la stabilité en Asie centrale

L’Assemblée,

(i)                 Considérant que l’Asie centrale est un ensemble constitué de sept Etats : les cinq Républiques ex-soviétiques : Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan et Turkménistan et deux Etats « voisins » : l’Afghanistan et le Pakistan, aux confins de l’Europe et de l’Asie, d’une superficie de 5.445.000 km² et peuplés de 240 millions d’habitants, majoritairement musulmans-sunnites. La sécurité et la stabilité de ces pays sont essentielles ;

(ii)               Considérant que le conflit d’Afghanistan persiste au cœur de cette zone, qu’il n’a pas été résolu définitivement en 2001 et que la coalition internationale avec la FIAS maintient une présence militaire forte de 30 000 hommes dirigés par l’OTAN  et de 8 000 hommes sous commandement américain, chargée de la reconstruction du pays et du maintien de la paix, mais aussi de la lutte contre les insurrections orchestrées par les Talibans et contre le terrorisme ;

(iii)             Estimant, à l’instar du Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan – rapport du 21 septembre 2006 – que « la coalition s’enlise en Afghanistan, que la situation se dégrade, que le chaos et le doute s’installent » : le Pakistan participe à la déstabilisation ; l’insécurité aux frontières est grande, (le Baloutchistan et le Waziristân du Nord et du Sud sont aux mains d’organisations pro-Talibans) ; la situation intérieure est très confuse, même si le Président Moucharraf veut un « Islam éclairé » et est partenaire de la coalition contre le terrorisme ; on soupçonne certaines forces et institutions de complicité avec les Talibans ;

(iv)             Observant que l’OTAN, face à cette réalité, demande une augmentation des forces de 2000 à 2500 hommes pour sécuriser le sud du pays, pour contrer le danger que représentent à nouveau les Talibans en Afghanistan en 2006, la reprise de l’insurrection violente, la progression sur le terrain, le contrôle de quatre provinces du Sud (sur les quinze que compte le pays) et le risque d’infiltration dans le Sud-Ouest d’ici la fin 2006 ;

(v)               Notant la faiblesse du Président afghan, Hamid Karzaï, l’efficacité relative de l’Armée nationale afghane (ANA) dotée de moyens et d’effectifs insuffisants pour jouer un rôle essentiel ; la corruption à tous les niveaux de responsabilités de l’Etat et des autorités régionales et locales (Gouverneurs, Commandants, Chefs de tribus ou de clans) dont le maintien à leurs postes ne crée pas la confiance ;

(vi)             Considérant qu’en raison des réformes non accomplies, l’économie n’a pas été restructurée autour de grands projets (comme la distribution d’eau) ou de microprojets nécessaires à l’amélioration de la vie quotidienne des populations, la reconstruction de l’Etat n’a pas été engagée (programme de développement sur cinq ans et 10,5 milliards de dollars d’aides), la sécurité et la justice n’ont pas été assurées aux populations, et la police nationale (ANP) qui manque du professionnalisme nécessaire à son efficacité et que la jeune génération doute des promesses du gouvernement et de la communauté internationale (Conférence de Bonn 2001 et de Londres 2006) ;

(vii)           Consciente que le chômage, la pauvreté, l’analphabétisme et l’insécurité amènent les Afghans pourtant hostiles aux Talibans à se montrer réceptifs à leurs arguments et que ces derniers occupent le terrain, apportent leur aide et leur justice de proximité et réactivent tous les réseaux dormants dans les villages ;

(viii)         Rappelant que l’efficacité et la confiance sont fondées sur quatre piliers : sécurité, bonne gouvernance de l’Etat et Etat de droit, justice et lutte contre la corruption, développement socio-économique ;

(ix)             Consciente qu’Al-Qaida et tous les autres réseaux terroristes étendent leur sphère d’activité ; que des liens qui n’existaient pas s’établissent avec la Palestine, l’Irak, l’Afghanistan soutenus par l’Iran, la Syrie ou l’Arabie Saoudite ; et qu’une nouvelle génération de Djihadistes s’est formée avec les résistances irakiennes et palestiniennes, dont elle partage l’expérience et les techniques (les attentats suicides) ;

(x)               Soulignant que le problème ne peut pas être réglé uniquement par l’affrontement militaire, les forces d’intervention ou le réarmement des milices populaires, mais qu’il faudra lui trouver une solution politique sous l’égide de la communauté internationale, comme peut-être «l’Organisation de Coopération de Shanghai » comme l’a suggéré le Président du Sénat afghan, et aussi tous les Etats d’Asie centrale comme le reconnaissent des responsables politiques de ces pays ;

(xi)             Constant que la corruption gangrène les Etats de la zone, que l’argent de la drogue est le « nerf de la guerre » au service des Talibans ; et que l’argent de la drogue et les trafics à l’intérieur des Etats sont la « force de frappe » des régimes en place, des clans et des tribus au détriment des populations ;

(xii)           Rappelant que la production de drogue a augmenté de 59 % en 2006 alors que 700 milliards de dollars ont été investis pour des cultures de substitution : la surface cultivée en pavot en Afghanistan était 100.000 hectares en 2005 contre 165.000 hectares en 2006, pour une récolte d’opium de 6.100 tonnes (contre 4.100 tonnes en 2005), ce qui correspond à une production d’héroïne de 400 tonnes (les saisies de drogue ne représentant que 1.221 kg, soit 467 kg d’héroïne, 107 kg d’opium et 445 kg de drogue végétale) ; l’héroïne est fabriquée dans 400 « laboratoires artisanaux » à partir de « précurseurs » qui circulent librement (10.000 tonnes en 2005) ; la lutte contre l’entrée des « précurseurs » aux frontières doit être la première action à mener avec la destruction des laboratoires et des champs de pavot ;

(xiii)         Déplorant que l’on tente sans succès d’empêcher l’exportation de la drogue et de l’héroïne et qu’on laisse augmenter en même temps les surfaces cultivées en pavot ;

(xiv)          Considérant que les réseaux et les trafics distribuent les produits partout dans le monde et notamment en Europe, et que la communauté internationale doit se saisir au plus vite d’un problème alarmant et mondial ;

(xv)            Constatant que dans tous les Etats de la région, incluant les cinq républiques ex-soviétiques, les réseaux, y compris au niveau des gouvernements, sont associés à ces trafics et partagent cette manne ;

(xvi)          Rappelant que ces régimes autoritaires et personnalisés ne respectent ni l’Etat de droit ni les droits de l’homme, surtout au Turkménistan et en Ouzbékistan, et que seul le Kirghizistan s’est engagé dans une voie démocratique fragile ; que dans ces Etats momentanément stables, les transitions sont incertaines, et que les oppositions muselées sont tentées de s’associer aux mouvements islamistes pour s’exprimer ;

(xvii)        Consciente qu’aucun Etat d’Asie centrale n’envisage « l’intégration » régionale économique, et encore moins politique ; ces Etats sont rivaux et développent des politiques multi-vectorielles, et les pays influents sont la Russie « l’Alliée » et la Chine « le partenaire ».

(xviii)      Notant que l’islamisme radical y est relativement maîtrisé sur la base du principe de laïcité de l’Etat et de l’exercice de la force (Andijan 2005 en Ouzbékistan) ;

(xix)           Considérant que ces Etats disposent de ressources énergétiques en hydrocarbures exceptionnelles ; les plus riches étant l’Ouzbékistan; mais surtout le Kazakhstan avec 20 milliards de barils de réserves de pétrole et le Turkménistan, au dixième rang mondial, avec 3 500 milliards de mètres cubes de gaz. Ces gisements sont importants. Avec Gazprom, la Russie domine le marché d’Asie centrale ;

(xx)            Constatant que les Etats riverains de la mer Caspienne – Russie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Turkménistan, Iran – n’ont pas réussi à conclure un accord et à définir le statut de cette mer ;

(xxi)          Notant que la Russie vend à l’Europe (à 240 dollars les 1.000 m3) le gaz qu’elle achète en Asie centrale (50 dollars les 1000 m3, 100 dollars depuis peu), qu’elle préside le G8 et fait de la « sécurité énergétique » le thème de sa présidence, mais qu’elle n’a pas ratifié le Traité sur la Charte de l’énergie de 1994, et que l’insécurité énergétique constitue une vraie menace pour l’Europe qui doit adopter dès 2007 un plan d’action ;

(xxii)        Notant qu’en matière de nucléaire, les Etats d’Asie centrale se sont prononcés pour la dénucléarisation de leur territoire et de toute la zone ;

(xxiii)      Rappelant que le « jeu des grandes puissances » affirme surtout les intérêts de la Russie, de la Chine et des Etats-Unis qui sont présents militairement et économiquement ; ainsi que de l’Iran et de l’Inde qui sont « des voisins intéressés » mais plus lointains ;

(xxiv)      Notant que l’Europe est dramatiquement absente politiquement de ce « grand jeu » du XXIe siècle ; qu’elle dénonce les atteintes aux droits de l’homme et sanctionne les Etats, mais qu’elle n’exerce ni influence ni accompagnement démocratique de ces Etats qui sont occidentalisés et forment « l’Eurasie » ;

(xxv)         Observant que l’Europe ne joue pas le rôle économique qui devrait être le sien, ne développe aucune stratégie et n’a pas pris la dimension de l’enjeu énergétique en Asie centrale ;

(xxvi)      Consciente que pour ces pays, le modèle européen » est une référence, qu’ils souhaitent le « dialogue », l’« accompagnement » et la « coopération » et que l’Europe a sa place en Asie centrale à condition de s’y intéresser,

Recommande au Conseil d’inviter l’Union Européenne

1.                  A poursuivre d’urgence sa politique de rapprochement avec chacun des Etats d’Asie centrale afin d’approfondir un dialogue constructif, l’accompagnement démocratique et la coopération économique sur des projets concrets ; à prendre toutes les mesures qui pourront faire évoluer ces pays, tout en donnant à l’Union européenne la possibilité de prendre sa place parmi les puissances établies et de participer à la lutte contre les menaces qui pèsent sur la stabilité et la sécurité de la région ;

2.                  A saisir la communauté internationale du problème mondial que représente la production de drogue en Afghanistan, et à formuler avec l’ONUDC (Office de l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime) un mandat spécial de l’ONU chargeant la FIAS de bloquer les convois de « précurseurs » et de détruire les laboratoires de production d’héroïne en Afghanistan ;

3.                  A aider à la mise en place de toutes les mesures réglementaires en termes de police, de justice, de sécurité, mais aussi à la pratique de cultures de substitution et au développement de micro-projets pour la population ;

4.                  A participer à la lutte contre l’islamisme radical qui peut réellement conduire à « un conflit des civilisations avec l’Occident » dans la mesure où des liens se nouent et des réseaux se créent entre le Moyen-Orient et l’Asie centrale en engageant des programmes de développement sociaux et économiques essentiels et en mesurant aussi combien les conflits israélo-palestinien et irakien, non résolus, pèsent sur la sensibilité d’une opinion publique qui, dans le monde musulman, et notamment en Asie centrale, affirme sa laïcité et sa volonté de combattre les Talibans.

 

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