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Le projet du pipeline Russie-Chine-Inde est il réalisable (Central Asia Analyst, 13 janvier 2003 Aftab Kazi)
L’Inde soutient le projet de la construction d’un pipeline partant de la Russie et traversant l’Asie Centrale et la Chine pour enfin atteindre son territoire. Cette proposition montre combien l’Inde désire éviter que son approvisionnement énergétique ne dépende entièrement du Pakistan. Bien que ce projet soit bien accueilli en Russie et en Chine, la réalisation de ce pipeline soulève de nombreuses questions économiques, techniques, environnementales et sécuritaires. Alors que l’idée pourrait modifier l’architecture énergétique de la région, il est douteux qu’elle soit soutenue à terme par le gouvernement chinois.
Le mois dernier à Islamabad, les dirigeants afghan, pakistanais et turkmène sont tombés d’accord sur la construction d’un gazoduc de 890 miles. Ce gazoduc qui fut d’abord initiée par UNOCAL et surnommé le « Centgaz » ou TAP devrait coûter 2 milliards de dollars et relierait les champs gaziers turkmènes à la côte pakistanaise, en passant par l’Afghanistan. Peu de temps après cette annonce, en guise de réponse, la compagnie indienne ONGC (Oil and Natural Gas Corporation- Overseas) a suggéré la construction d’un pipeline reliant la Russie à l’Inde via la Chine, surnommé le RCI ou l’autoroute énergétique. Ce nouveau projet apparaîtrait comme une alternative au pipeline TAP. Le RCI est supposé partir des champs énergétiques turkmènes, ouzbeks et kazakhs, relier la Russie puis le Xinjiang chinois. Il devrait rejoindre ensuite la partie du Cachemire occupée par l’Inde via la ligne de contrôle sino-indienne au Ladakh. Durant le sommet de l’organisation Shanghai-6 à Almaty au Kazakhstan, les délégations russe, ouzbek, kazakh et chinoise ont indiqué que la viabilité du pipeline RCI devait être étudiée. Selon des responsables de l’ONGC, les aspects économiques et techniques du projet restaient encore indéterminés. Le pipeline traverserait des terrains extrêmement variés et pourrait coûter 15 millions de dollars pour sa construction, ou sensiblement moins s’il était relié à des pipelines déjà opérationnels. Les républiques d’Asie centrale se sont déclarées intéressées par la proposition indienne. Toutefois, la Russie et la Chine considéreront tous les aspects géopolitiques et sécuritaires avant de donner leur accord à toute construction d’un tel pipeline. Alors que ce dernier serait potentiellement très avantageux pour l’Inde et les Etats producteurs du Nord, la faisabilité du projet peut être compromise par les dommages environnementaux qui pourraient résulter du pipeline, par les problèmes sécuritaires, par son coût économique et enfin par les questions concernant sa maintenance technique. C’est particulièrement vrai lorsque l’on compare ce tracé à d’autres qui sont davantage plus rentables.
Politiquement, l’étendue du RCI et son tracé à travers la ligne de contrôle sino-indienne et les glaciers proches du territoire pakistanais promettent de soulever des inquiétudes de nature sécuritaire à la fois à la Chine et au Pakistan. Et comme nous l’avons dit précédemment, le RCI devrait également supporter la concurrence de deux autres pipelines, l’un de 3000 miles reliant le Kazakhstan à la Chine, et le TAP. Il est évident que le tracé le plus rentable économique et le plus court pour l’exportation des ressources pétrolières et gazières des Etats d’Asie centrale passe par l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan, c'est-à-dire par l’ancienne route de la soie. Outre cette concurrence économique, des tensions domestiques en Inde remettent en question le projet RCI. En effet, en dépit des besoins énergétiques urgents et nécessaires pour répondre à la croissance de l’économie du pays, le gouvernement au pouvoir, le Bharatya Janata Party (BJP) s’oppose fermement à une route passant par le Pakistan. Ce refus s’explique par la présence de personnalités influentes dans l’élite politique qui appartiennent à la frange « dure » remettant en cause l’existence de l’Etat pakistanais. Pourtant, ces cinq dernières années, le Pakistan a approuvé les propositions iranienne, afghane et turkmène de fournir du gaz à l’Inde via le territoire pakistanais, espérant qu’une certaine interdépendance économique aiderait à réduire les tensions bilatérales avec son puissant voisin. Cependant, l’Inde a rejeté cette éventualité et lui préfère un pipeline sous-marin qui traverserait la mer arabienne, contournant ainsi le Pakistan. Une des motivations évidentes derrière le projet RCI est d’éviter la route pakistanaise. Cet objectif est aussi lié à la crise que subit le BJP actuellement et sa tentative de reconquérir sa popularité auprès de l’électorat Hindou nationaliste. Des slogans tels que « Pourquoi payer au Pakistan 600 millions de dollars par an de droits de transit ? » ont été souvent entendus. Plus largement, la frustration indienne provient de ce que le pays est éloigné de la région centrasiatique, n’ayant aucune frontière commune avec les républiques centrasiatiques, contrairement au Pakistan qui lui, est la voie de désenclavement naturelle de la région. Economiquement, l’ONGC cherche à acquérir 20% des actions dans des champs pétroliers et gaziers en Ouzbékistan, en partenariat avec Lukoil et Gazprom. Néanmoins, même parmi les responsables de l’ONGC, certains s’avouent inquiets quant à la faisabilité du projet RCI. L’Inde pourrait éventuellement se reposer sur la Russie et l’Ouzbékistan pour essayer de convaincre la Chine de s’associer au pipeline. Le financement du projet quant à lui, est une autre question. Etant donné les nombreux pipelines en construction autour de la Mer Caspienne (tel le Baku- Ceyhan) ou en Chine même, il est incertain que des compagnies pétrolières se déclarent intéressées par le RCI, ayant déjà investi dans d’autres projets plus rentables. Même en ce qui concerne les financements indiens, la nature du projet, traversant tant de pays et la ligne de contrôle sino-indienne, leur apparaît trop risquée et trop coûteuse. De plus le retour sur investissements n’est pas évident. Enfin, au domaine environnemental, la construction du RCI pourrait altérer durablement les glaciers proche de la frontière pakistano-chinoise et poser de sérieux dommages environnementaux. Ainsi, l’altération des glaciers Siachen pourrait causer des inondations, des hurricanes dans toute l’Asie du Sud et en Asie Centrale. L’impact pourrait même être plus grave, car la dégradation environnementale de ces importants glaciers déstabiliserait les ressources en eau.
Alors que l’idée du pipeline RCI peut sembler séduisante, elle n’est ni viable ni faisable. Il est incertain que le gouvernement chinois autorise l’Inde à utiliser la ligne de contrôle comme un corridor énergétique pour des raisons sécuritaires. Le fait que l’Inde accueille le gouvernement tibétain en exil, ses liens avec les nationalistes Ouigours, ainsi que la stratégie militaire nucléaire indienne d’opposition à la Chine, sont considérées comme étant des points de discorde très importants pour les dirigeants chinois.
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