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31/08/2005 14:29:32

   
 

                            

                    Est il possible de creer un marche commun en Asie centrale ?

 

MOSCOU, 11 octobre - Nina Koulikova, commentatrice économique de RIA Novosti. Au début du mois d'octobre, au Sommet de l'Organisation de coopération centrasiatique (OCCA) à Saint-Pétersbourg, il a été décidé que l'OCCA formerait désormais une structure unique avec la Communauté économique eurasiatique (CEEA).

Ces deux organisations regroupent d'anciennes républiques de l'Union Soviétique. Pour ce qui est de l'OCCA, sous un nom ou sous un autre, cette organisation existe depuis le milieu des années 1990. Au début, elle ne se composait que du Kazakhstan, de la Kirghizie, de l'Ouzbékistan et du Tadjikistan. La Russie y a adhéré en octobre 2004. L'Organisation de coopération centrasiatique s'est assigné pour objectif d'intensifier les processus d'intégration, de garantir la sécurité dans la région et d'y maintenir la stabilité.

Quant à la Communauté économique eurasiatique, instituée en 2000 par la Biélorussie, le Kazakhstan, la Kirghizie, la Russie et le Tadjikistan, cette organisation s'occupe essentiellement de l'établissement des frontières douanières extérieures des pays qui en font partie, ainsi que de l'élaboration d'une politique économique extérieure unique, des tarifs, des prix et d'autres composantes du fonctionnement d'un futur marché commun.

La fusion de la OCCA et de la CEEA est dictée avant tout par la nécessité de régulariser les initiatives d'intégration dans l'espace post-soviétique. Autrement dit, ces deux structures doublonnaient, tant dans leur composition que selon leurs activités. Jusqu'à tout dernièrement, elles ne se sont en fait distinguées, l'une de l'autre, que par la présence de l'Ouzbékistan au sein de l'OCCA qui ne faisait pas partie de la CEEA. Ou par la présence de la Biélorussie à la CEEA qui ne faisait pas partie de l'OCCA. Et voilà que maintenant l'Ouzbékistan a enfin soumis sa demande d'adhésion à la CEEA, et les deux organisations n'en font qu'une dorénavant.

Bien des experts estiment que la Communauté économique eurasiatique est plus efficace que l'OCCA. On a bien observé depuis ces dernières années une intensification des échanges commerciaux et des investissements réciproques dans les pays participants à la CEEA. Mais l'OCCA n'a pas pu afficher de tels progrès, fait remarquer Leonid Vardomski, de l'Institut d'études économiques et politiques internationales.

Dès sa fondation, l'OCCA ne se distinguait pas par sa grande efficacité et donnait plutôt l'impression d'une organisation mort-née dont l'existence n'était connue que de très peu de gens, indique Igor Kirsanov, expert à la Fondation "Patrimoine de l'Eurasie".

Aussi, la décision de "fondre" l'OCCA dans la CEEA n'est-elle pas étonnante, d'autant plus que cette structure, de loin plus dynamique et prometteuse, possède un "puissant noyau d'intégration" en la personne de la Russie et du Kazakhstan qui ne cessent de manifester leur volonté politique de transformer la Communauté économique eurasiatique en organisation économique véritablement efficace, signale l'expert.

Or, la fusion de ces deux structures est aussi liée aux changements qui s'opèrent dans la politique extérieure de l'Ouzbékistan. C'est qu'après les événements de mai dernier à Andijan et à cause du refus des autorités locales de mener une enquête internationale, ce pays d'Asie Centrale a été soumis à une très dure critique dans l'arène internationale et frappé de sanctions de la part des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE). Afin de surmonter cet isolement international, l'Ouzbékistan s'est mis à resserrer de plus en plus ses liens avec l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et a adhéré à la Communauté économique eurasiatique.

Par ailleurs, les autres participants à cette organisation retirent, eux aussi, un avantage de la décision adoptée à Saint-Pétersbourg. La Russie, par exemple, conforte avant tout ses propres positions politiques et économiques en Asie Centrale, signale Igor Kirsanov. Parallèlement au Kazakhstan, la Russie peut devenir effectivement un très important acteur économique dans la région, en participant, entre autres, à la mise sur pied de gros consortiums hydro-énergétiques, de transport et d'alimentation. L'avantage pour le Tadjikistan et la Kirghizie, c'est sans doute l'afflux en perspective de capitaux russes et kazakhs dans leurs économies nationales. C'est aussi une possibilité de promouvoir leurs propres intérêts à Moscou et à Astana, suppose l'expert de la Fondation "Patrimoine de l'Eurasie".

Certains estiment que cette fusion confère une tout autre dimension à la coopération au sein de la Communauté des Etats indépendants (CEI). De l'avis de Viatcheslav Nikonov, président de la Fondation "Politika", les tendances centrifuges qui prévalaient dans l'espace post-soviétique depuis cette dernière quinzaine d'années commencent de plus en plus à céder la place à des tendances centripètes, intégrationnistes.

La fusion de ces deux organisations doit rendre encore plus efficace la Communauté économique eurasiatique, sont persuadés certains experts. Mme Goulnour Rakhmatoullina, maître de recherche à l'Institut d'études stratégiques du Kazakhstan, est convaincue que l'élargissement de la CEEA ne manquera pas de stimuler la mise sur pied d'un marché commun en Asie Centrale. En outre, l'élargissement de la Communauté économique eurasiatique est un facteur très important du renforcement de la stabilité et des garanties de sécurité dans l'ensemble de la région d'Asie Centrale, dit Goulnour Rakhmatoullina, tout en ajoutant que les Etats membres de la CEEA ont désormais la possibilité d'adopter des mesures conjointes plus efficaces pour réprimer le terrorisme et l'extrémisme religieux.

Cependant, Dimitri Plekhanov, de l'Institut d'études stratégiques d'ensemble, estime que cette fusion n'exercera pas d'impact notable sur les perspectives de réalisation des objectifs économiques assignés à la Communauté économique eurasiatique au moment de sa fondation. Les intérêts économiques et le niveau du développement économique et politique différents des pays membres ne permettront pas un rapprochement quelque peu sensible entre ces Etats, suppose Dimitri Plekhanov.

Tout porte à croire que la fusion de l'Organisation de coopération centrasiatique et de la Communauté économique eurasiatique ne perturbera pas sérieusement l'actuel équilibre politique dans cette partie du monde. Pour ce qui est de l'aspect économique du problème, le projet de formation d'un marché commun en Asie Centrale est devenu incontestablement beaucoup plus réel avec l'adhésion de l'Ouzbékistan, sans que l'on sache toutefois à quoi cela va aboutir en fin de compte

 

 

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