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16/03/2006 13:38:06

 

 

 

Le chef des rebelles d’Andijan se confie à Radio Free Europe

 

 

En fuite, recherché par la police secrète Ouzbek, qualifié d’ennemi numéro un par Islam Karimov, Qobiljon Parpiev, le leader des manifestants lors des évènements d’Andijan en mai 2005, a décidé de se confier à Radio Free Europe, fin juillet 2005, afin de rétablir définitivement la vérité sur le « vendredi sanglant ».

 

 

Le "vendredi sanglant" est le nom qu’ont donné les Ouzbeks aux évènements du 13 mai 2005 survenus à Andijan. Mais malgré le fait que beaucoup de choses ont été dites et écrites sur cette journée, la vérité demeure très floue.

 

Les autorités Ouzbeks ont leur propre vérité, et les activistes des droits de l’homme, les opposants politiques la leur.

Qobiljon Parpiev faisait partie des manifestants qui ont saisi le bâtiment d’administration régionale d’Andijan le 13 mai et qui ont entretenu des négociations pour l’évacuation avec le ministre de l’intérieur Zakir Almatov. Parpiev a échappé à des tirs des troupes Ouzbeks qui ont abattu, selon plusieurs témoins, plusieurs centaines de civils.  

Récemment Parpiev s’est confié le 19 juillet 2005 à Radio Free Europe/ Radio of Liberty en exposant sa version des évènements.

 

 

Qodiljon Parpiev, un homme ordinaire

 

Devenu un des hommes les plus recherchés d’Ouzbékistan, cet homme de 42 ans passés indique qu’après avoir échappé à la mort à Andijan même, il a du fuir pendant cinq ou six jours et se cacher dans différents endroits pour échapper à la chasse à l’homme lancée par la police.

Il s’est donc réfugié au Kirghizistan voisin pour échapper à une probable exécution.

 

Le Président Islam Karimov d’Ouzbékistan a cité son nom pendant une visite à Moscou précisant qu’il était le «  chef des rebelles d’Andijan » et qu’il se cachait dans les provinces méridionales du Kirghizistan. 

Actuellement, Parpiev se trouve encore en Asie centrale mais demande à l’équipe de Radio Free Europe de ne pas révéler sa position exacte.

 

Ingénieur de formation et entrepreneur, Parpiev est marié et a cinq enfants. Sa fille la plus âgée est réfugiée dans le camp de Suzaq dans la région de Jalal-albad au Kirghizistan. Son fils a du également fuir d’Ouzbékistan.

 

Lors de son entretien téléphonique, il indique que son souci principal est d’assurer la sécurité de sa famille. Son autre souci est de rétablir la vérité sur les évènements d’Andijan de mai 2005.

En effet, les autorités d’Ouzbékistan continuent à déclarer que les manifestants étaient des terroristes qui ont recu une aide provenant de l’étranger, qu’ils ont utilisé les civils comme boucliers humains et qu’enfin ils ont essayé de s’échapper.

Papiev déclare souhaiter que les personnes intéressées par le sujet apprennent la vérité au sujet du « vendredi sanglant ».

 

Les autorités Ouzbeks jalouses de leur mainmise sur Andijan

 

Parpiev a jadis travaillé à divers échelons des organismes d’Etat en Ouzbékistan. Mais il y a quelques années, il échoppe d’une peine de prison pour extrémisme religieux. Lors de son passage en prison, il y a connu les fameux « 23 hommes d’affaires d’Andijan ». Ces 23 hommes d’affaires sont à la source de l’  « affaire » Andijan puisque ce sont leurs proches et leurs employés qui ont entamé les manifestations contre le pouvoir.

 

Ces 23 individus étaient accusés d’appartenir au groupe islamique Akramiya, ce qu’ils ont toujours nié.

Parpiev indique que cette fausse accusation permettait au pouvoir en place d’écarter un groupe de personnes riches responsables de la mise en place d’un système de gouvernement économique voire même politique efficace, mais parallèle au système de l’Etat.

 

En effet, leur système économique consistait à rassembler les impôts et de distribuer équitablement le montant obtenu tout en favorisant des actions charitables.

« Tous étaient des entrepreneurs, ils ont fourni du travail à la population locale. Ils étaient impliqués dans l’action sociale, ont organisé un service médical livre, des fonds de pension de retraite, un système de paiement des congés de maternité pour les enfants au dessous de 2 ans. Les résultats ont apparu rapidement. Le nombre de leurs employés grossissait à vue d’œil, tous les gens de bonne volonté voulaient travailler pour eux. Je crois que le gouvernement les a considéré comme étant une menace pour sa propre existence » énonce Parpiev.

 

 

Le 13 mai 2005 selon Parpiev

 

Parpiev indique qu’il étaient parmi ceux qui ont manifesté contre le traitement réservé à ces 23 « sauveurs » devant le tribunal parce qu’ils considéraient ce procès comme une injustice.

Le dernier jour du jugement des 23 hommes d’affaires, il apprend qu’il vient d’être suspendu de ses fonctions.

Le lendemain, soit le 12 mai, la police commence à arrêter certains des manifestants présents devant le tribunal et à confisquer leur propriété. Par la suite, il recoit l’avertissement d’un ami selon lequel la police le rechercherait.

 

Durant la nuit du 12 au 13 mai, on reporta qu’un groupe de personnes avait attaqué la garnison militaire de la ville, y avait obtenu des armes et pris la direction de la prison locale afin de libérer les détenus, y compris les 23 hommes d’affaire tout juste reconnus coupables.

Parpiev  récuse cette version des faits, et la considère comme mensongère.

Selon lui, voilà comment cela s’est réellement passé :

« Le 12 mai, des troupes provenant d’autres régions ont été déployées à Andijan. Les désaccords ont éclaté tard dans la nuit. Les manifestants n ont pas obtenu d’armes à la garnison. Les informations sur les attaques sur la garnison et la prison étaient fausses. C’était tout juste une provocation de la part des autorités Ouzbeks. Les manifestants ont pris leurs armes auprès des soldats lorsqu’ils se sont affrontés.

Tout cela était préparé à l’avance. C’était une conspiration organisée au plus haut niveau ».

 

Il continue en racontant l’affrontement entre les manifestants et les forces de l’ordre Ouzbeks.

« Après avoir participé à s’emparer du bâtiment d'administration régionale, j’ai participé aux négociations avec le ministre de l’intérieur Zakir Almatov. Mais la conversation avec lui n’était pas une négociation : il nous a prié de partir. Il a dit qu’il avait déployé 20.000 troupes dans Andijan et qu’il lui était facile d’en augmenter le nombre jusqu’à 65.000 si nécessaire, qu’aucune objection n’était valable. »

Parpiev raconte que le ministre leur a ensuite proposé de prendre des autocars et de se rendre à Osh au Kirghizistan voisin, que les troupes allaient former un couloir de sortie. Mais Parpiev a eu peur d’un piège et a par conséquent conseillé à ses compagnons de se disperser.

 

Ensuite ce fut le carnage, sans limite ni pudeur.

Parpiev invite la communauté internationale à exiger une enquête sur ces évènements.

« J’appelle cela une histoire, car celle que le gouvernement veut faire passer dans les médias est mensongère. Les deux histoires se contredisent. Il n’y avait aucune participation étrangère, ni d’un groupe islamique d’ailleurs. Il reste encore beaucoup de témoins oculaires, il faut que les pays de l’OSCE réclament une enquête internationale. »

 

 

Le futur de Parpiev demande le journaliste de Radio Free Europe ?

Les membres de la famille de Parpiev sont mis sous pression, son épouse, sa sœur, son vieux père de 75 ans afin qu’ils révèlent la cachette de Parpiev. Plus le temps passe, plus il a l’impression qu’il n’a aucune chance d’échapper au service de sécurité d’Ouzbékistan, aussi pense t il sérieusement, désormais, à quitter l’Asie centrale, qu’il n’avait jamais pensé quitter jadis.

 

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