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La bataille des forums, transformation des organisations régionales en Eurasie

 

 

Au fil du temps, les forums régionaux en Eurasie ont été témoins de changements importants et ont été transformés en des organisations ayant des objectifs régionaux bien spécifiques. Aujourd’hui, des groupes comme le GUAM, l’OTSC et l’OCS sont devenus des lieux classiques où les Etats membres forgent des alliances politiques et militaires, alors que, pour les plus grandes puissances, ils restent un instrument de projection et d’accroissement d’influence dans la région. De récents développements indiquent que ces forums vont vraisemblablement continuer d’évoluer et pourraient potentiellement devenir des organisations régionales fortes avec des agendas politiques et de sécurité communs.

 

Les 22 et 23 juin, l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC) a tenu un somment à Minsk. Le président russe Vladimir Poutine a transféré la présidence du Conseil à Alexander Lukashenka de Biélorussie. De plus, l’Ouzbékistan a officiellement rejoint le club qu’il avait quitté en 1999, ce qui augmente le numéro d’Etats membres à sept. Les autres partenaires sont l’Arménie, la Biélorussie, la Kazakhstan, la Kirghizie, la Russie et le Tadjikistan. L’OTSC a été fondée sur la base du Traité de Sécurité Collective (TSC) signé à Tachkent en mai 1992. Sous le leadership russe, les Etats membres ont crée l’OTSC en septembre 2003. Il s’agissait d’une part de répondre à l’expansion vers l’Est de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et d’autre part de tenter de contrecarrer la présence américaine croissante en Afghanistan et en Asie Centrale. Après le 11 septembre 2001, Moscou a ressenti le besoin de transformer le TSC en une organisation qui pourrait fournir des capacités de défense collective et permettrait l’usage de la plupart des bases militaires et des forces de déploiement rapide russes dans des opérations anti-terroristes en Asie Centrale. Par conséquent, l’OTSC ressemble beaucoup à l’OTAN, du moins sur le papier. Par exemple, l’article 4 du TSC déclare: “Au cas où un acte d’agression serait commis contre l’un des Etats membres, tous les autres Etats membres doivent lui apporter une assistance nécessaire, y compris militaire, et leur fournir de l’aide avec les moyens dont ils disposent dans le cadre de l’exercice du droit de défense collective en accord avec l’article 51 de la Charte de l’ONU.”

 

Un autre forum, l’Organisation de Coopération de Shanghai, comprenant la Chine, la Russie, le Kazakhstan, la Kirghizie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan s’est réuni à Shanghai le 15 juin dernier. L’Inde, l’Iran, le Pakistan et la Mongolie ont participé en tant qu’observateurs, et l’Afghanistan était présent comme pays invité. Les “Cinq de Shanghai”, le nom originel de l’organisation, ont débuté comme une plateforme de discussion et de résolutions des problèmes frontaliers parmi les cinq Etats voisins -Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan et Kirghizie- en 1996. Elle intégra alors l’Ouzbékistan comme nouveau membre et élargit son agenda aux thèmes de coopération économique, politique et militaire. L’organisation adopta des politiques communes sur la lutte contre le séparatisme ethnique, l’extrémisme religieux et a même installé un centre anti-terroriste à Bichkek en 1999. En août 2003, les cinq membres –en l’absence de l’Ouzbékistan- ont lancé leur premier exercice anti-terroriste conjoint. Depuis l’opération militaire américaine en Afghanistan, les priorités des Etats membres de l’OCS ont changé. Au départ, l’OCS était un forum parfait que la Chine utilisait pour institutionnaliser ses relations avec la Russie et les Républiques d’Asie Centrale. Depuis lors, toutefois, l’OCS a montré les signes d’une évolution vers un bloc politique et militaire sino-russe au travers duquel Pékin et Moscou espèrent contrecarrer la présence américaine de plus en plus importante dans la région. L’OCS pourrait potentiellement s’étendre et offrir la participation à des Etats observateurs, y compris l’Inde, le Pakistan et l’Iran.

Le troisième groupement de pays dans la région comprend la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan et la Moldavie, il s’agit du GUAM auquel l’Ouzbékistan a appartenu entre 1999 et 2004. Le GUAM a été crée en 1996 « en tant qu’alliance stratégique politique et économique mise sur pied pour renforcer l’indépendance et la souveraineté de ces anciennes républiques socialistes. » Depuis le début, le GUAM a été perçu comme une alliance anti-russe qui vise à réduire l’influence de la Russie dans les « environs ». Cependant, l’alliance est longtemps rester oisive. Elle a été relancée dans le sillage des deux révolutions de couleur qui ont eu lieu en Géorgie et en Ukraine. Le 23 mai 2006, les chefs d’Etats du GUAM se sont rassemblés à Kiev pour évoquer l’avenir de l’organisation. A la fin du sommet, l’alliance a été transformée en un nouveau forum, l’Organisation pour la Démocratie et le Développement Economique – GUAM. Certaines priorités du GUAM révisé incluent l’établissement de sociétés démocratiques basées sur la loi et le respect des droits de l’homme, la lutte contre le terrorisme international, contre le séparatisme et le crime organisé transnational, ainsi que l’approfondissement des processus d’intégration européenne.

 

Les récents sommets des Etats membres du GUAM, de l’OTSC et de l’OCS révèlent les nouveaux défis auxquels doivent faire face ces organisations. Le changement de nom du GUAM fut une tentative pour relancer cette organisation qui est supposée se centrer sur des questions régionales comme les réformes démocratiques, la lutte contre le séparatisme et, le plus important, la sécurité énergétique. Grâce au pétrole et au gaz naturel en provenance de l’Azerbaïdjan, l’organisation se définit désormais comme un club régional qui pourrait jouer un rôle important dans la stratégie européenne de diversification des sources énergétiques. Le GUAM représente également un tremplin pour l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ukraine qui espèrent étendre leur affiliation avec l’OTAN en devenant membres du Plan d’Action d’Adhésion de l’OTAN. L’accès de ces Etats à l’OTAN ne semble cependant pas devoir se concrétiser dans le court terme. Kiev se bat toujours contre des problèmes politiques internes, alors que Bakou et Tbilissi en sont encore à restaurer leur intégrité territoriale et à résoudre les conflits séparatistes du Sud Caucase.

Comme l’OTAN continue lentement de s’épandre vers l’Est, l’OTSC devrait renforcer ces capacités de défense collective. Ces initiatives sont menées par Moscou qui demeure le principal acteur de l’organisation. Tout en étant anti-OTAN, elle va continuer de proposer des garanties militaires et de sécurité alternatives aux Etats qui ont eu des problèmes avec les Etats-Unis (i.e. l’Ouzbékistan après les évènements d’Andijan). Les prochaines transformations de l’OTSC dépendront de la stratégie d’élargissement de l’OTAN.

L’organisation la plus prometteuse semble actuellement être l’OCS. Tôt ou tard, l’organisation va ouvrir ses portes à d’autres puissances régionales, bien que la Russie et la Chine en restent les acteurs principaux. Le Pakistan, l’Inde et l’Iran pourraient devenir des membres à part entière de l’OCS. Le temps que les intérêts de Moscou et de Pékin ne divergent pas radicalement, l’OCS continuera de contrebalancer la présence américaine montante dans la région, pendant que Moscou garde l’OTSC comme une arrière-garde solitairement contrôlée par elle-même.

En conséquence des intérêts grandissant des Etats-Unis et de l’Union Européenne envers les ressources énergétiques de la Caspienne, les Etats membres du GUAM, qui sont des producteurs d’énergie et des pays de transit, ont trouvé un nouvel objectif qui pourrait être aidé par les Américains et les Européens. Ces Etats vont continuer de coopérer entre eux, mais également avec d’autres Etats européens dans plusieurs domaines telle que la sécurité énergétique. De plus, le GUAM apparaît être une union libre de républiques indépendantes et non dominée par une quelconque puissance régionale.

Tant que la coopération militaire et sécuritaire va s’accroître entre les membres de l’OTSC au fur et à mesure que l’OTAN s’étend vers l’Est, cette organisation restera contrôlée par Moscou. La Russie va tenter de séduire les Etats membres de l’OTSC pour réduire l’influence croissante des Etats-Unis dans le Caucase et l’Asie Centrale. De même, Moscou et Pékin vont essayer de transformer l’OCS, en invitant de nouveaux membres, en un puissant forum régional qui pourrait éventuellement assurer le leadership dans les affaires économique, politique et sécuritaire de la région. Tous les forums de l’Eurasie vont continuer d’être utilisés comme des instruments pour équilibrer ou contrecarrer les influences géopolitiques des grandes puissances dans la région.

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