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La decision du Kazakhstan de rejoindre le pipeline Baku-Tbilisi-Ceyhan pourrait altérer les dynamiques régionales (28 juin 2006) Michael Denison
L’accord formel que le président du Kazakhstan, Nursultan Nazarbayev, a signé le 16 juin, dispose qu’une partie des exportations de pétrole du pays devrait suivre la route du pipeline Bakou-Tbilisi-Ceyhan (BTC). C’est la dernière pièce du jeu géopolitique auquel les Etats-Unis s’accrochaient afin de sécuriser le corridor de désenclavement de l’Asie centrale, en évitant les territoires russe et iranien. Cependant, l’accord pourrait créer ou raviver une série de tensions politiques existant dans les relations des pays littoraux de la Mer Caspienne. Et cela pourrait entraîner une reconfiguration des dynamiques sécuritaires et énergétiques dans la région, non nécessairement dans le sens où Washington le souhaite.
L’accord signé par Nazarbayev permet le transit annuel de 53 millions de barils de pétrole par le BTC, avec une possibilité d’accroissement de ce volume de 175 millions de barils par année. Quatre compagnies, se partageant les 55% des actions dans une jointventure commune (Agip- KCO) visant à exploiter le gisement du Kashagan, détiennent également 15% des actions du consortium BTC. Selon cette information, il est clair que la plupart du pétrole fourni par le Kazakhstan devrait provenir de ce gisement, une fois que son exploitation aura commencé fin 2008 ou début 2009. L’accord assure la viabilité économique du projet BTC en ce sens qu’il ne repose plus uniquement sur le complexe d’exploitation de l’Azeri-Chirag-Guneshli (ACG) dont la production devrait atteindre 1,2 million de barils par jour en 2010, avant de décliner à 400 000 barils vers 2022. La capacité actuelle de transit du BTC est d’un million de barils par jour. Avec la modernisation de certaines installations, la capacité du pipeline pourrait atteindre 1,9 million de barils par jour, c'est-à-dire une capacité suffisante pour intégrer à la fois la production provenant de l’ACG et celle du Kashagan. Le gouvernement kazakh a désormais à sa disposition une troisième route d’exportation en plus de celles traversant le territoire russe (le pipeline Atyrau-Samara et le consortium caspien Tengiz-Novorosissk) et celle reliant le territoire kazakh à la Chine par le tout récent pipeline Atasu-Alashankou. Cette politique de s’assurer des routes d’exportation diversifiées répond à une volonté politique et économique d’Astana. Simultanément, l’exportation via le BTC pourrait apparaître comme une manière de rétablir la sécurité énergétique des pays occidentaux se reposant trop largement sur les importations russes. Cependant, le mode de transport du pétrole des champs pétrolifères kazakh jusqu’au pipeline BTC demeure toujours à être déterminé et c’est cette question qui va devenir l’enjeu entre les acteurs politiques et commerciaux de la région. La compagnie française TOTAL (un actionnaire à la fois de Agip KCO et de BTC) dirige une étude de faisabilité sur la construction d’un système de transport (Kazakhstan Caspian Transportation System = KCTS), soit un pipeline de 4 millions de dollars et d’une longueur de 800 kilomètres reliant le terminal kazakh d’Eskene au port de Kuryk voire Bakou. La date qui serait avancée pour sa mise en vigueur pourrait être 2010-2011. Alternativement, six tankers d’une capacité de 60 000 tonnes pourraient être construits afin de transporter le pétrole, bien que la modernisation et la construction de terminaux augmenteraient sensiblement les dépenses prévues.
Les négociations sur le mode de transport du pétrole kazakh jusqu’au pipeline BTC pourraient également avoir de sérieuses implications politiques ainsi qu’économiques. En dépit de l’augmentation planifiée de la capacité annuelle du CPC (le pipeline passant par le territoire russe) de 23 millions de tonnes à 60 millions, la gestion discrétionnaire russe des routes de transit a posé la question de savoir si une partie des ressources énergétiques provenant du champ kazakh de Tengiz ne devrait pas transiter via le BTC. Moscou peut se sentir inquiet d’une telle éventualité et peut alors s’opposer à la construction d’une nouvelle route de transit. Mais, lors des négociations sur le statut de la Mer Caspienne, le gouvernement russe a soutenu une politique de facto de division en vigueur depuis les années 1990 ; et si ce partage donne aux entreprises d’exploration et de production russes des opportunités nouvelles, cela limite également les objections légales que Moscou peut opposer au pipeline KCTS. Alors, les objections du gouvernement russe d’un tel pipeline (qui serait de surface, rappelons le) pourraient se situer au niveau environnemental. Ce souci écologique est renforcé par la décision de Vladimir Putin d’avril 2006 d’attribuer une autre route au pipeline de Transneft qui devait initialement longer le lac Baikal. Ainsi, Moscou peut également opter pour une telle formule qui se soucierait des éventuelles fractures du pipeline. Cela amènerait la Russie, fort du soutien de l’Iran opposé au principe de partage selon la ligne médiane de la Mer Caspienne, à s’attribuer le rôle de garant de l’intégrité écologique de la mer, et si nécessaire, au moyen de la force militaire.
Les avocats d’une extension du BTC à travers la Mer Caspienne doivent être prudents en ce qui concerne les conséquences techniques, commerciales et politiques d’un tel projet. Le trafic de tankers peut apparaître comme un mécanisme de transit plus traditionnel mais plus bon marché, plus respectueux des exigences environnementales, et surtout il représente un risque politique moins important pour les intérêts occidentaux dans la région. Cependant, le futur semble se tourner plus vers la construction d’un pipeline de surface permettant de transporter le pétrole kazakh et même le gaz naturel turkmen jusqu’au terminal Shah Deniz puis au BTC, opérationnel en 2007. Alors que l’opposition russe va sans doute s’intensifier, les gains pour les pays européens en quête d’énergie justifient les prises de risques.
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