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Le Kazakhstan : un avenir pétrolier en expansion

 

Le Kazakhstan a connu une croissance de 9.2% en 2005. Et le pays fait partie des trois pays affichant un PIB réel dépassant son niveau de 1991[1]. Sa production pétrolière en 2007 sera de 50 Milliards de tonnes et représentera au prix du baril actuel un total rente pétrolière de 7.000 M dollars.

 

  1. Diversification et stabilisation des voies d’approvisionnement énergétique :
  2. La rente pétrolière kazakh et la situation économique au Kazakhstan.

 

 

1. Diversification et stabilisation des voies d’approvisionnement énergétique :

 

A - Etat de la situation énergétique kazakh :

 

En matière de pétrole, les réserves prouvées du Kazakhstan sont de 39 Milliards de barils soit 3.3 % des réserves mondiales.

Avec un ratio réserves sur production d’environ 84 années, le rôle du Kazakhstan en tant qu’épicentre pétrolier se renforcera vers les années 2015 avec 3 millions de barils par jour. Ceci est inestimable pour la France qui doit renforcer ses liens énergétiques avec ce pays, comme elle a déjà commencé à le faire par l’implication de Total dans l’extraction à Kashagan.

Le problème du Kazakhstan comme producteur d’hydrocarbures a été l’enclavement géographique. Celui-ci a été résolu en partie grâce aux investissements énormes consentis pour l’acheminement et le développement de la production de la part du pays hôte mais aussi des entreprises pétrolières étrangères. Mais l’enclavement demeure pour l’évacuation de ses ressources en hydrocarbures par la Russie, Etat frontalier. La production de pétrole (Tanguiz, Uzeu, Mangnistan, Aktioubiusk, Karachaganak, Kashagan) et de gaz se situe à l’ouest dy pays, tandis que les zones de consommation sont au centre et au sud est. Jusqu’à la construction de l’oléoduc Kazakhstan-Chine, le Kazakhstan dépendait des oléoducs Uzn-Atyran-Samara et Kerkiak-Orsk orientés vers le Nord-Ouest pour l’évacuation d’une partie de sa production alors que les deux plus grosses raffineries du pays (Pavlodar et Shimkent) sont approvisionnées en pétrole sibérien par l’oléoduc Surant-Oinsk-Parlodan-Shimkent.

Le développement des exportations vers des marchés solvables constitue depuis l’indépendance un enjeu vital pour le pays, même si les liens privilégiés entre la Russie et le Kazakhstan sont essentiels – on le voit bien par l’accord conjoint sur l’exploitation commune des gisements pétroliers sur la mer caspienne concernant « Kourmangazy »,  « Khvalynskoe », « Tscentralnoe »[2].

 

B – La diversification des voies d’acheminement pétrolier :

 

La construction de nouvelles voies d’acheminement des hydrocarbures a souvent été perturbée par les rivalités entre puissances (Etats-Unis, Russie, Chine). Malgré l’ouverture de nouvelles routes vers la Turquie et la Chine, évitant ainsi la Fédération de Russie, celle-ci conserve un contrôle efficace sur l’évacuation des hydrocarbures par ses sociétés Transneft et Gazprom même si les intérêts entre Etat et compagnies internationales de manière générale peuvent rentrer en conflit.

Il est utile de récapituler les diverses voies d’acheminement des hydrocarbures kazakhs vers les pays importateurs :

_ Vers la Russie : le réseau d’oléoducs et de gazoducs maille un espace privilégié par l’efficacité et la rapidité de l’exportation des hydrocarbures vers l’Europe. L’oléoduc qui aboutit à Novorossisk (CPC) devrait voir sa capacité augmentée dès 2007 (32 à 100 millions de tonnes par an).

_ Vers la Méditerranée par la Turquie : par le pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Opérationnel depuis 2006, il achemine le pétrole en Méditerranée orientale. La participation du Kazakhstan rentabilise le tracé, renforcé par un gazoduc prêt en 2007.

_ Vers la Chine : l’oléoduc vers le Xinjiang approvisionne l’immense marché chinois. Celui-ci, long  de 3000 kms d’une capacité de 5 millions de tonnes par an, sera totalement opérationnel dès la fin 2006.

Pour information, le projet par l’Iran via le Turkménistan datant de 1996, dans le contexte international, a peu de chances d’aboutir, avec les réticences américaines. Cependant, dans l’optique d’un accord global – à l’image de celui qui s’était conclu avec la  Corée du Nord -, il serait possible de mettre en balance la fourniture de pétrole à bas prix à l’Iran entre autres en échange d’une reculade sur le front nucléaire. A condition néanmoins d’aider l’Iran à traiter le pétrole kazakh chargé de mercaptan.

 

La diversification de l’approvisionnement pétrolier passe par un effort en direction de nouvelles régions exploitables comme le Golfe de Guinée et surtout le bassin de la Caspienne.

Au Kazakhstan, le potentiel du champ terrestre et offshore de Kashagan est de l’ordre de 7 à 13 milliards de barils, ce qui représente d’énormes réserves.

Au cours des années 2005 et 2006, les découvertes d’hydrocarbures en marge du gisement géant de Kashagan a placé Total en bonne situation pour l’exploitation des puits Aktote-1 et Kashagan sud-ouest –1 situés sur les blocs attribués au consortium titulaire d’un contrat de partage de production dans le nord de la mer Caspienne : Total (avec 20,37% après finalisation de la vente des intérêts de BG international dans l’association) est partenaire du consortium opérée par Agip KCO regroupant six compagnies internationales : Eni, ExxonMobil, Shell, Total, ConocoPhillips et Inpex.

Kairan –1 est la dernière de 5 découvertes réalisées sur les blocs attribués au consortium, après celles de Kashagan, Kalamkas, Kashagan Sud-Ouest et Aktote[3].

 

Les pipelines forment la colonne vertébrale de l’approvisionnement pétrolier et gazier.

L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (dont l’acte de naissance date du 18 novembre 1999) a été inauguré le 25 mai 2005. Le financement du BTC dépasse les 3,6 milliard de $. 30% du financement a été le fait d’un consortium de 11 compagnies :

_ BP à hauteur de 30%

_ compagnies américaines : Conoco-Philips, Unocal, Amerada Hess 13,9 %

_ compagnie azerbaidjanaise comprenant des capitaux américains : SOCAR 25 %

_ compagnie française : Total 5%

_ compagnie italienne : Eni 5%

_ consortium japonais : 5,9 %

_ compagnie turque : 6,5 %

_ compagnie norvégienne : 8,7 %.

La multiplication des acteurs partage les risques de l’investissement.

Une partie du tracé sera enterré, ce qui renforce la sécurité du pipeline long de 1765 kms.

Cependant le déficit majeur de ce pipeline reste la sécurité : sa sécurité exige des effectifs et des équipements importants sans aucune garantie. De plus il faut émailler le tracé de stations de pompage.

Il doit être prolongé sous la Caspienne jusqu’au Kazakhstan et acheminer sur Ceyhan la production de Kashagan ainsi que l’avait annoncé le président Nazarbayev. Le pays planifie de transporter près de 10 millions de tonnes de pétrole par an par le BTC.

Pour la création du système, on a prévu la construction d’un nouveau terminal pour le stockage et le transfert à Kourlyk (le port maritime situé à 76km au sud-est d’Aktaou) ainsi que des oléoducs de connexion. La capacité du système de transfert serait de 20 millions de tonnes de pétrole par an[4].

La construction de l’oléoduc de Kashagan via le BTC débutera en 2007-8. Les négociations entre l’Azerbaidjan et le Kazakhstan sur un accord intergouvernemental afin de fournir le pétrole de Kashagan à l’Azerbaidjan par le pipeline BTC sont en bonne voie. Selon l’accord de coordination signé par les groupes de travail présidés par le président de KazmunayGas Kairgeldy Kabildin and le président de SOCAR Natig Aliev, le document sera présenté aux deux pays. A la suite de la signature de l’accord intergouvernemental sur le transport du pétrole kazakh via le BTC, les investisseurs du système Aktau-Bakou et les deux gouvernements signeront l’accord de transit.

Un nouveau terminal de stockage et de transbordement à Kurik est prévu pour la création du système Aktau-Bakou, ainsi que les connexions oléoducs. Le montant des investissements sera défini lors de la signature de l’accord intergouvernemental.

Une compagnie séparée –Petrofac - sera créée pour s’occuper de l’organisation du système Aktau-Bakou. Ses investisseurs principaux seront essentiellement quatre compagnies : Eni, Total, ConocoPhillips et Inpex, qui prennent part par ailleurs au développement du gisement de Kashagan and possédant 15% de participation dans l’oléoduc BTC. Pétrofac, un opérateur international de services dans le secteur pétrolier et gazier, a obtenu un contrat pour l’organisation de la construction des facilités onshore de la première phase du développement de Kashagan, localisé à 40 kms au nord est d’Atyrau. La portée du contrat inclut les travaux principaux ( unités de traitement d'huile, de gaz et de soufre), la production d'électricité, les réservoirs et les équipements du site, les bâtiments industriels, les travaux initiaux des contrats civils et la construction du support en termes de pipeline. Le client étant Agip KCO, le consortium chargé de l’exploitation du gisement. Ayman Asfari, le chef exécutif du groupe Pétrofac, a d’ailleurs commenté : « Nous sommes fiers d’avoir obtenu ce contrat sur un si important projet. Petrofac s’occupe déjà de la fourniture des unités de traitement d'huile, de gaz et de soufre »[5].

 

Rapport de l’Institut des statistiques du Kazakhstan, 2006.

 

 

2. La rente pétrolière kazakh et la situation économique au Kazakhstan.

 

A – Etat de la situation économique et financière :

 

Comme il est communément reconnu, le Kazakhstan a en partie connu une forte expansion de son secteur d’hydrocarbures grâce aux investissements domestiques et surtout étrangers dans les capacités de production et d’exploration, ayant des effets d’entrainement sur les secteurs connexes (transports et construction).

Le Kazakhstan est le pays le plus attractif de la zone : 21 Milliards de $ entre 1989 et 2004 d’investissements directs étrangers (IDE). Ceux ci favorisent généralement l’amélioration de la structure des échanges commerciaux du pays d’accueil. Les investissements restent concentrés sur les secteurs-clés (hydrocarbures) mais ils concourent à la mise à niveau des infrastructures en général. Le soutien français pourrait s’effectuer sur le terrain de la consommation des ménages par un soutien technique et humain aux approfondissements de la réforme bancaire déjà bien engagée au niveau des mécanismes de crédit bancaire.

On ne peut toujours pas parler de diversification économique au Kazakhstan. La faiblesse du secteur non pétrolier est flagrante et depuis 2001 n’a pas sensiblement progressé. Sa part dans le PIB est la même qu’en 1999. Le monopole de l’industrie pétrolière et gazière dans les priorités du Kazakhstan est un handicap pour les autres secteurs dans le sens où, peu développés, les importations sont dominées par les produits manufacturés dont ceux de consommation. Ce cantonnement à des activités ciblées accroit la vulnérabilité des comptes publics et externes face aux fluctuations des cours mondiaux. Pour ce qui est de la répartition géographique des échanges, les importations restent majoritairement de provenance CEI. La France devrait aider à développer le commerce intra-régional qui demeure faible.

 

 

Il est désormais admis que les Etats ne disposent pas d’une marge de manœuvre totale quand ils définissent leur politique économique et sociale. Ainsi, de nombreux pays producteurs doivent tenir compte des exigences du FMI, de la Banque Mondiale, des priorités des pays donateurs et du poids des multinationales implantées dans le pays[6]. Il est intéressant de noter que le secteur public kazakh est créancier net depuis 2002 vis à vis de l’étranger. Le niveau de la dette externe (70%) est dû aux prêts des sociétés mères à leurs filiales locales.

 

B – La rente pétrolière :

 

Lorsque l’on étudie les recettes d’un Etat producteur de pétrole, il s’agit de s’intéresser particulièrement à la gestion et à l’utilisation de l’argent du pétrole puisque celui-ci représente l’écrasante majorité des ressources de l’Etat (pour les pays semi industrialisés ou en voie de développement).

Les pays producteurs profitent généralement de la rente pétrolière sans chercher à promouvoir un développement technologique. Ils se comportent en consommateurs et souffrent en mal endémique de la corruption que peut générer cette rente[7]. Dans ces circonstances, faute de recherche de connaissances technologiques et d’application appropriées des investissements, les pays producteurs sont obligés de faire appel à des sociétés et à des institutions occidentales ou prenant exemple sur les Occidentaux, tels les Chinois. La Russie et l’Asie Centrale n’échappent pas à cette carence. D’où la prise en charge de l’exploitation des gisements par des compagnies pétrolières étrangères. De plus, pour les pays producteurs, cela représente un risque non calculé puisque les pays consommateurs soutiennent généralement leurs compagnies quand ils ne poussent pas celles-ci à investir l’appareil de l’Etat du pays hôte.

 

L’examen de la rente pétrolière du Kazakhstan pose inévitablement la question de son affectation[8]. La réintroduction de l’enrichissement personnel dans le circuit économique du pays ou sa stérilisation et l’utilisation de la rente pour des projets générateurs de développement constituent des points à surveiller.

L’analyse budgétaire de la rente pétrolière révèle généralement une allocation régionalement orientée des investissements publics de nature à favoriser des tensions interethniques (la minorité russe pouvant se sentir flouée dans la répartition des richesses pétrolières). La bonne distribution des ressources pétrolières kazakhs restant l’objectif principal, le nombre de déshérités dans le pays peut choquer certains observateurs. La bonne gouvernance est clairement identifiée comme l’un des remèdes principaux à la persistance de la pauvreté. Cependant, il est intéressant de noter une dimension triple de la gouvernance : politique, économique et entreprises.

De nombreuses études constatent que dans les pays en développement, les obstacles à l’amélioration de la gouvernance économique et politique sont essentiellement liés à la corruption. Le Kazakhstan ne répond plus à plusieurs de ses problématiques dont :

_ Un gonflement de la bureaucratie et une résistance croissante au changement ;

_ Une instabilité et une insécurité et donc une fragilité à la fois de l’économie et des institutions politiques locales.

Cependant, en ne mettant pas une politique susceptible de diversifier l’économie nationale, le gouvernement se complet dans un système de rente qui alimente une corruption à court terme.

                                                 Copyright © 2006 [Regards sur l'Asie Centrale]. Tous droits réservés.


 

[1] Etude économique, BNP Paribas, avril 2006.

[2] Bulletin officiel de l’ambassade du Kazakhstan au Royaume-Uni, mars 2005.

[3] Bulletin officiel annuel de Total 2005 –2006.

[4] Bulletin officiel de l’ambassade kazakh au Royaume-Uni, novembre 2005

[5] Le contrat de Petrofac sur le gisement de Kashagan, New York Times, 6 janvier 2006.

[6] Gestion de la rente pétrolière au Congo Brazzaville – FIDH, mars 2004.

[7] L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, facteur notable d’instabilité, géostratégiques n°9, Octobre 2005.

[8] Sénat, Mission effectuée au Kazakhstan, Ouzbékistan et Turkménistan,1997.