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23/12/2006 21:33 L’ISLAM ET L’ASIE CENTRALE
L’islam n’a pas la même valeur et les mêmes connotations dans tous les pays d’Asie centrale. Après les conquêtes des 7 et 8ème siècles, l’islam s’est implanté en Transoxianie, l’Ouzbékistan actuel, et a connu une période difficile pendant les invasions mongoles du 13ème siècle, sous la domination de Gengis Kahn. Les peuples nomades du Kazakhstan et du Kirghizstan l’ont connu au 15ème siècle, mais leur islamisation effective date seulement du 19ème siècle et n’a jamais pu éradiquer les croyances chamanistes. A l’heure actuelle, la plupart des musulmans d’Asie centrale sont sunnites de l’école Hanafi. Après la dissolution de l’URSS, les élites politiques des républiques d’Asie centrale devenues indépendantes ont voulu utiliser l’islam comme élément unificateur afin de retrouver ou de renforcer leur identité nationale. Parallèlement, elles ont pris des précautions, à savoir : les Constitutions du Kazakhstan et du Turkménistan ont proclamé le principe de laïcité dans leur pays, ont proscrits les partis politiques islamiques et, en général, chaque Etat a nommé son Mufti national. La nouvelle liberté religieuse s’exprime en suivant deux axes différents : − d’une part, l’islam populaire traditionnel de l’école Hanafi, qui veut préserver ses traditions de l’ordre existant où Etat et religion sont séparés. − d’autre part, on constate l’émergence d’un islamisme fondamentaliste, radical qui prône le retour aux origines et au Califat, rejetant les pratiques religieuses traditionnelles ayant cour dans la région. Cette émergence de l’islamisme fondamentaliste est un phénomène croissant qui se répand partout en Asie centrale. La déception de la population est exploitée par les islamistes radicaux, qui cherchent à supplanter les institutions laïques par des institutions islamiques. Des facteurs comme la dégradation de la situation socio-économique, la baisse du niveau de la vie, l’effondrement du système d’enseignement, l’impunité des élites politiques et économiques, l’insatisfaction des citoyens vis-à-vis des inégalités sociales et l’impossibilité de s’exprimer dans un cadre d’opposition politique ont certainement contribué à la radicalisation d’une partie de la communauté musulmane. Les adhérents aux mouvements islamistes ressentent qu’ils leur ont ouvert la voie à une certaine liberté d’expression et de moyens de trouver une solidarité franchissant les frontières nationales. Inquiété par l’émergence d’un islamisme fondamental, qui prêchait le renversement du pouvoir et de l’ordre existant, les gouvernements ont durci leur politique à l’égard de l’islam dès la deuxième moitié des années 1990. Les berceaux de l’islamisme centrasiatique se rencontrent surtout dans la vallée de la Ferghana, où les territoires ouzbeks, kirghiz et tadjiks sont imbriqués dans les Jamoats[1], Choruu et Sorkh au Nord du Tadjikistan et dans les provinces de Jalalabad et Osh au Kirghizstan. Parmi les mouvements actifs dans la région, le plus important est Hizb-ut-Tahrir (parti de la libération islamique) qui vise à l’établissement d’un califat dans toute l’Asie centrale. Il est très actif dans toute la région et attire de nombreux intéressés, malgré le fait qu’il est partout banni excepté au Kirghizstan. Il y a aussi le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), qui pratique la lutte armée par des attaques terroristes. Le Parti de la Renaissance islamique du Tadjikistan (PRI) a été une des factions dans la guerre civile. Après l’accord de paix de 1997 et son renoncement aux armes, il est devenu le principal représentant de l’islam politique dans la région, qui fait preuve d’une réelle volonté de coopérer avec les autorités laïques. Cette position légitime et respectée dans la politique tadjik a permis à ses leaders d’occuper des postes importants dans la vie économique, raison pour un nombre d’adhérents de s’écarter du PRI et de s’intégrer à d’autres mouvements, officiellement interdits. Ensuite, il y a un grand nombre de mouvements régionaux et interrégionaux qui sont actifs sur le terrain. Les gouvernements des républiques centrasiatiques pointent du doigt l’islamisme radical comme représentant une menace du statu quo et de la stabilité dans la région. Les occidentaux disent que cette émergence de l’islamisme radical est la conséquence du comportement des élites politiques et économiques, de la répression et de l’absence d’une opposition laïque. En même temps, il est utile de noter qu’une écrasante majorité de l’élite politique en Asie centrale insiste sur le fait que la religion doit être séparée de la vie politique est rester une affaire privée, idée soutenue par la plupart des croyants. Les gouvernements d’Asie centrale sont frustrés et constatent que nombre d’Occidentaux sont réticents à comprendre que les mouvements islamistes, qui visent le pouvoir, peuvent constituer une vraie menace à la sécurité et la stabilité de leurs pays. En effet, il faut se rendre compte du fait que toute organisation politique, y compris celle des islamistes, a pour dessein d’accéder au pouvoir et de mettre son programme en application. En conséquence, il paraît peu probable qu’un tel gouvernement se plie aux principes tels que la reconnaissance des acquis constitutionnels et de la laïcité de l’Etat. Certains experts insistent sur le danger réel que représente cette religion. Dans la plupart des pays de cette région, une participation des partis islamistes au jeu politique n’échappe pas au risque de voir ces derniers placés sous la coupe des radicaux religieux, annihilant ainsi tout espoir de préservation de la moindre institution laïque. Compte tenu de l’intolérance et du caractère conservateur de la majorité des islamistes centrasiatiques, cette version des événements semble être la plus probable. La question de savoir si le djihad est une cause ou une conséquence de l’oppression est à l’actualité, mais cela ne change nullement les données. Il faut constater un nombre montant de groupes islamistes en Asie centrale ayant des projets destructifs. La croissance importante du Hizb-ut-Tahrir dans cette région démontre qu’elle est sur le point de devenir l’un des théâtres d’une bataille idéologique. Copyright © 2006 [Regards sur l'Asie Centrale]. Tous droits réservés
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