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Irak : une victoire américaine de plus en plus improbable
Vladimir Simonov (Agence RIA Novosti)
"Pensez-vous que les Etats-Unis sont en train de gagner la guerre en Irak ?" a demandé le sénateur démocrate Carl Levin à Robert Gates, dont la Commission des forces armées du Sénat devait approuver la candidature au poste de patron du Pentagone. "Non", a répondu M. Gates, avant de faire plusieurs autres déclarations retentissantes.
Le candidat à la succession de Donald Rumsfeld a par ailleurs déclaré une chose impensable : la voix du Président ne sera pas décisive lors du débat sur "un changement de stratégie" en Irak. Et son discours ne laisse guère de doutes sur l'inéluctabilité des changements. M. Gates a non seulement exclu la possibilité de lancer des opérations militaires contre la Syrie, mais a appelé à négocier avec Damas et Téhéran. Enfin, selon M. Gates, les Etats-Unis sont en mesure de parvenir à leurs fins en Irak avec un nombre d'hommes nettement moindre qu'actuellement. En d'autres termes, un retrait des troupes, même partiel, semble inévitable.
La position très anti-Bush du nouveau secrétaire à la Défense reproduit, aussi bizarre que cela puisse paraître, celle rendue publique récemment par son prédécesseur. Dans une note datant du 6 novembre, autrement dit deux jours avant son départ, Donald Rumsfeld lançait un avertissement au chef de la Maison Blanche : ce que nous faisons en Irak "ne fonctionne pas assez bien ni assez vite". L'homme considéré jusque-là comme l'idéologue numéro un de la guerre irakienne reconnaissait timidement : "A mon avis, le temps est venu de réaliser des changements en profondeur".
Enfin, le rapport de la commission bipartite sur l'Irak présidée par l'ex-Secrétaire d'Etat James Baker recommande de réduire sensiblement le contingent américain en Irak, estimé actuellement à 140 000 soldats, et d'impliquer les voisins de l'Irak – l'Iran et la Syrie – dans la stabilisation de la situation.
Que l'administration Bush le veuille ou non, tous ces événements, certes hérétiques à ses yeux, signifient une chose : l'Amérique a entamé son retrait d'Irak, du moins dans les esprits les plus perspicaces au sein de l'élite politique bipartite, et le début de la réalisation d'une idée jadis inconcevable semble désormais l'affaire de quelques mois.
Il n'est pas fortuit que les politologues américains s'affrontent sur le thème des résultats de l'intervention américaine en Irak. Et on ne parle plus de victoire au sens militaire du terme. Equipée de technologies spatiales, l'armée américaine s'est retrouvée impuissante face à une résistance clandestine disparate, dont les voitures piégées sont l'arme de prédilection. Désormais, cela ne fait plus de doutes.
L'Amérique a également essuyé un fiasco total, si on entend par "victoire" la greffe d'un embryon de démocratie occidentale en Irak. Les nombreux scrutins qui ont eu lieu ces dernières années dans ce pays, que ce soit le référendum constitutionnel ou la formation solennelle de plusieurs cabinets, sentent fort le décor de théâtre, tels des contre-plaqués peints en vert censés représenter de l'herbe. Mais il suffit d'une rafale de tirs déclenchée par un baasiste vindicatif, un chiite offensé ou un simple terroriste pour briser le contre-plaqué et faire revenir le public à la réalité.
Résultat : on cherche à donner une nouvelle interprétation de la "victoire". L'Amérique serait en train de gagner la guerre en Irak, car elle serait prochainement en mesure de confier la pacification du pays aux autorités légitimes. Et seuls les Irakiens seraient capables d'enrayer le chaos dans leur propre pays, fût-ce avec une aide américaine.
Seulement, personne ne se pose la question, fort simple, de savoir si les Irakiens seront réellement capables de rétablir la paix en Irak, que ce soit aujourd'hui ou dans un avenir prévisible. Mais ce ne sera alors plus l'affaire des Etats-Unis.
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