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Le projet de gazoduc turkmeno-chinois : cette entreprise peut elle se réaliser ? (Central Asia analyst, 03 mai 2006) Muhammad Tahir
Le président turkmène Sapamurat Niyazov a effectué un de ses rares déplacements en dehors de son pays dans la première semaine d’avril 2006. Cette visite ayant pour destination la Chine, a quelque peu fait grincer les dents au premier jour de la visite, puisqu’il fut accueilli par un ministre. Mais le lendemain fut nettement plus réussi pour le président turkmen, puisque Ashgabat et Pékin ont signé les premiers accords devant conduire à la construction d’un pipeline liant les deux pays.
Si tout se déroule comme prévu, le pipeline sortira Ashgabat de sa dépendance envers ses clients traditionnels, c'est-à-dire l’Ukraine et la Russie. Selon l’accord signé par les présidents turkmène Niyazov et chinois Hu Jintao, Pékin devrait acheter 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel annuellement sur une période de 30 ans. Toutefois les ambitions de Niyazov sont plus grandes –il espère que le pipeline puisse fonctionner dès 2008 (alors que l’accord est censé entrer en vigueur en 2009), et qu’il puisse transporter 50 milliards de mètres cubes vers 2010.
Mais tout n’a pas été signé ni conclu encore. Les deux pays doivent donner leur décision définitive vers la fin de l’année et le prix exact du gaz vendu n’a pas encore été réglé. D’autres accords ont été signé durant cette visite –portant sur les télécommunications, le transport et la lutte contre le terrorisme. Mais l’accord gazier peut être considéré comme le plus grand achèvement de ce long voyage.
Niyazov avoue porter de grands espoirs mais beaucoup d’experts considérent cet accord comme non réalisable : un tel projet nécessiterait une grande quantité d’argent, mais également l’autorisation de deux autres Etats voisins : l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Et puisque ces deux pays sont de proches alliés de la Russie, exportateur de gaz naturel, le projet turkmeno-chinois dépend largement de la position russe. Les intérêts croissants de la Russie dans le marché chinois doit être pris en compte –Moscou ne serait certainement pas satisfait d’une telle concurrence, puisqu’il permettrait à la Chine de détenir des liens directs avec les pays d’Asie Centrale.
L’accord du Turkménistan avec la Chine n’est pas simplement un contrat de gaz, mais également une manifestation de la volonté de Pékin de s’impliquer politiquement dans la région. Ce comportement peut mener à une confrontation directe avec Moscou, puisque la Russie souhaite conserver ses intérêts dans la région.
Quelque que soit la tournure que vont prendre les évènements, beaucoup d’experts occidentaux pensent que le but de cet accord est d’accroître leur marge de manœuvre dans leurs discussions sur le prix du gaz avec la Russie. Du point de vue turkmène, la réalisation de ce projet peut être plus important que n’importe quel jeu de guerre secret. L’absence d’alternative aux moyens de désenclavement russe fait que le Turkménistan est entièrement dépendant des pipelines russes. Ceci explique aussi le fait que le pays ne soit pas une situation dans laquelle où il puisse choisir ses propres clients et le prix de vente de son gaz.
En 2005, par exemple, le prix des exportations de gaz russe vers l’Union Européenne ont été fixées à 200 dollars pour 1000 mètres cubes, alors que celui des exportations turkmènes n’était que de 55 à 60 dollars. De plus, les clients traditionnels d’Asghabat, la Russie et l’Ukraine, ne paient pas toujours le prix total en espèces. Dans une telle situation, le Turkménistan peut tout simplement ignorer la position de la Russie sur son projet d’établir une alternative viable, c'est-à-dire, le marché chinois.
D’un point de vue chinois, Pékin, veut sécuriser ses approvisionnements en énergie afin de répondre à ses besoins en énergie croissants. Le gaz turkmène peut aider la Chine à réduire sa dépendance sur le charbon, qui est de loin la source première de l’énergie chinoise. L’accord est donc important pour les économies des deux pays. D’ailleurs, des observateurs étrangers restent sceptiques, émettant des doutes sur non seulement les investissements monstres qu’il faudrait injecter dans le projet, mais également sur la capacité du Turkménistan à réaliser ce projet.
Depuis plusieurs années, les investisseurs internationaux et les pays intéressés par le gaz turkmène ont énoncé le besoin d’une évaluation indépendante et internationale des réserves de gaz du pays. Mais le régime turkmène a toujours refusé, et la plupart des entreprises internationales sont désormais réticentes à investir dans les champs gaziers du Turkménistan et dans la construction de pipelines. Par exemple, le projet de construction d’un pipeline entre le Turkménistan et le Pakistan, à travers l’Afghanistan est en stand by depuis de longues années, et les experts pensent que l’absence d’évaluation fiable des réserves gazières turkmènes en est responsable, pour une partie.
Ce n’est pas uniquement la position de la Russie et l’incertitude pesant sur les réserves turkmènes qui peuvent jeter de grandes ombres sur le projet turkmèno-chinois. La longueur du pipeline, 4000 kilomètres, a aussi soulevé les questions sur sa faisabilité économique. La presse russe a d’or et déjà commencé à spéculer sur les obstacles rencontrés, en avançant l’idée que Niyazov profiterait de sa visite en Chine pour essayer de convaincre Pékin de financer le projet.
Mais selon Rolan Goetz, un expert sur l’énergie à l’Institut allemand de sécurité internationale et des questions politiques et militaires, a énoncé des considérations qui doivent prises en compte pour comprendre l’enjeu du projet. Dans une interview avec l’opposition turkmène via le site Internet gundogar, il a souligné qu’Ashgabat ferait tout son possible pour voir le projet se réaliser, parce que ce nouveau pipeline donnerait au pays une marge de manœuvre et une réelle indépendance envers Moscou. Copyright © 2006 [Central Asia analyst]. Tous droits réservés.
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