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16/03/2006 13:38:06

 

 

 

 

 

Le narcotrafic et les organisations criminelles transnationales en Asie Centrale

 

 

1 – L’Asie Centrale, lieu de transit

 

 

Les routes de la drogue empruntent depuis longtemps des itinéraires détournés, et privilégient les zones peu fréquentées et mal contrôlées. L’objectif est de parvenir aux grands marchés de consommation en limitant les risques de saisie. Certaines régions du monde constituent depuis longtemps des lieux de transit du trafic de drogue. C’était le cas de l’ancienne route de soie et de l’opium, qui constitue, depuis l’Antiquité, un axe commercial essentiel entre l’Asie et l’Occident. Depuis les années 80, cette route qui passe par Kashi (l’ancienne Kachgar), entre le col du Pamir et les monts Tian Chan, à l’ouest de la Chine, est redevenue une « route de la drogue », de l’aveu même du président du Kirghizstan, Askar Akaev. La côte de Makran, au Pakistan, région aride et peu fréquentée, lieu de contrebande ancien, sert encore de point de départ aux exportations d’héroine du Croissant d’or.

Avec la mondialisation, les routes de la drogue sont devenues de plus en plus complémentaires : ainsi, la route des Balkans, qui, depuis la Turquie, suit à peu près l’itinéraire des anciennes croisades, reste toujours une des voies d’accès essentielles de l’héroine en Europe. La Turquie produit de l’opium depuis longtemps, mais la réduction de la production dans ce pays a conduit les trafiquants à se fournir en Afghanistan, au Pakistan, en Asie Centrale. Certaines filières comme celle des Balkans sont les routes empruntées par les trafiquants d’Asie Centrale une fois arrivés aux portes de l’Europe ou en Méditerranée du sud alors que les filières africaines font de ce continent une voie aérienne et maritime de transit, où les opiacées convoyées par des passeurs nigérians sont reconditionnées et renvoyées vers les Etats-Unis et l’Europe.

L’effondrement de l’Union Soviétique, avec ses corollaires, économie de marché non contrôlée, affaiblissement du pouvoir central (l’Ouzbékistan est comparativement moins affecté par le trafic de drogue que les Etats faibles peuvent l’être. Ce pays est connu pour être répressif et à plus haut risque pour les trafiquants que les routes par le Turkménistan – où des membres du gouvernement sont conciliants – ou le Tadjikistan et le Kirghizstan, états qui n’ont un contrôle que limité sur des portions entières de leur territoire), a ouvert des perspectives nouvelles au trafic. Par avion (parfois militaire, révélant ainsi l’implication dans le soutien au trafic de ceux qui le condamnent : au Tadjikistan, l’élite gouvernementale et le gouvernement russe sont souvent accusés de collusion. La division blindée 201ème russe basée au Tadjikistan en est un exemple : son personnel militaire fait le trajet de et vers Moscou et le matériel transporté, avant 2001 à destination de l’Alliance du Nord1, ne sont pas soumis aux inspections, et la corruption de membres d’équipage y est facile2), par bateau3, par train, la drogue traverse les frontières et part vers l’Europe. La majorité du trafic est attribuée, par les autorités et les médias locaux, aux « têtes sombres » (Tchétchènes, Abkhazes, Azéris, Arméniens,…), mais de nombreux responsables du trafic appartiennent aux organisations criminelles du type « Mafyia » russe des grandes métropoles (Moscou, Saint-Pétersbourg, Almaty, Tachkent)  qui comprennent des milliers de groupes et bénéficient de relais à l’étranger. Le trafic bénéficie des potentialités de production gigantesque de l’Asie Centrale (cannabis, pavot, éphédra…), mais également de la reconversion de certains chimistes russes : en Biélorussie, trois professeurs de la faculté de médecine de Vitebsk ont été condamnés pour avoir produit pendant des années des drogues de synthèse dans les laboratoires de l’Institut de chimie1. Avec le développement des drogues de synthèse, la distribution des produits devient plus atomisée, et ne passe plus nécessairement par des organisations criminelles structurées, ou des grands réseaux : il s’agit davantage de petits trafiquants qui s’appuient sur des structures familiales et communautaires et contrôlent le trafic de la production à la distribution de détail (ce sont les « circuits courts »). Cependant, la lutte anti-drogue des autorités régionales, la corruption, la concurrence, les difficultés d’approvisionnement et le coût de la vie font que ces circuits courts sont imbriqués dans d’autres plus longs à terme, où dominent les grandes organisations criminelles transnationales opaques et nébuleuses, qui ont fait des républiques du Caucase et de l’Asie Centrale leurs bases principales ou secondaires. En proie à des conflits armés durables et à des difficultés économiques considérables, ces républiques sont devenues des plaques tournantes du trafic. Le Tadjikistan constitue actuellement la principale voie d’accès des opiacés en provenance du Croissant d’or.

L’international Narcotics Control Board, un organe indépendant des Nations-Unies, a rendu son rapport annuel sur le commerce illicite de la drogue en mars 2004, notant une progression significative du trafic de l’héroine à travers le Tadjikistan. Les saisies opérées par les gardes-frontières auraient été de  près de 10 tonnes dont 6 tonnes d’héroine en 2003, 1000 fois plus qu’en 19962. Par ailleurs, les Nations Unies travaillent à stopper le flux de drogues afghanes avec un programme appelé Opération Topaz dans laquelle le Tadjikistan est acteur.

 Enfin, le département de la lutte anti-drogue du Ministère de l’Intérieur tadjik a annoncé que le nombre de cas relevant du commerce de la drogue sur les six premiers mois de 2001 avaient crû de 24% par rapport à l’année dernière3. Le trafic de drogue passant par le Tadjikistan révèle clairement l’importance des territoires ayant été constamment sous contrôle de l’Alliance du Nord notamment les zones autour de Jirgatal et Garm au Tadjikistan. Environ 3% des familles agricoles tadjikes se livreraient à la culture d’opium et entre 10000 et 40000 tadjiks (0,4% de la population totale) feraient le commerce de l’opium, servant de passeurs et d’intermédiaires le plus souvent.

La production d’opium en Afghanistan n’a cessé de croître ces dernières années malgré une année de vache maigre sous les Talibans et malgré enfin l’intervention internationale dans le pays en 2001, ceci à cause des factions qui se disputent le pouvoir régional et qui trouvent leur compte dans cette production illicite, notamment pour se procurer les armes et les munitions nécessaires.

En raison d’une accélération de la lutte antidrogue en Ian, notamment sur la base de la loi du 12 janvier 1989 prévoyant la peine capitale pour les détenteurs de plus de cinq kilos d’opium brut ou de plus de 30 grammes d’héroine, certains trafiquants ont cherché de nouvelles voies au début des années 90 mais les annonces quasi quotidiennes de saisie de drogue dans le pays par l’IRNA, l’agence officielle de presse iranienne, confirment néanmoins que ce pays reste un lieu de passage privilégié pour la production afghane : 64000 kilos de drogues diverses avaient été saisis pendant les cinq premiers mois de l’année 1997 et près de la moitié de l’héroine et de la morphine saisies dans le monde entier en 20011. Malgré les 30000 gardes qui patrouillent le long de la frontière avec l’Afghanistan, le trafic persiste de façon surprenante lorsque l’on sait que le régime iranien pend en public les trafiquants notoires, comme les cinq Afghans pendus à Gonâbâd, dans la province du Khorâssân, le 6 août 19972. L’ Iran aurait déjà perdu sa guerre contre le trafic de drogue3. Il est à noter que les saisies sont souvent accompagnées d’affrontements sanglants en Iran, les trafiquants sachant qu’ils risquent de toute façon la mort s’ils sont capturés. Il y a une nette tendance de la part des trafiquants à se regrouper pour tenter de passer en force avec d’énormes quantités de drogue à travers les provinces frontalières de l’est de l’Iran4. La même tactique s’emploie de plus en plus en Asie centrale : déjà on constate que les gardes russes des postes frontières tadjiko-aghans ont de plus en plus affaire à des bandes de trafiquants bien organisées et prêtes au combat5.

A la suite du plan d’éradication sévère de la production de drogues de 1992 au Liban, les trafiquants se sont tournés vers d’autres sources. Les pays d’Asie centrale et du Caucase sont propices pour les pourvoyeurs et trafiquants, non seulement comme nouvelles voies de transit (plus de la moitié de la production d’héroine afghane transite par l’Asie Centrale6) mais aussi pour y créer de nouvelles cultures.  Deux trajets sont suivis depuis l’Afghanistan :

a – une route dite « du sud », qui pénètre au Turkménistan, directement ou avec des détours au Tadjikistan ou en Ouzbékistan, avant de traverser la mer Caspienne. De l’Azerbaidjan ou du Daguestan, la drogue est ensuite convoyée, soit au travers de la Géorgie et de sa région rebelle abkhaze, soit par la province de Krasnodar, pour atteindre une vingtaine de ports, plus ou moins importants, sur la mer Noire, comme Batoumi, Soukhoumi, Sotchi ou Novorossiysk ;

b – une route dite « du nord » atteint le Kazakhstan après avoir traversé une ou plusieurs des républiques sœurs d’Asie centrale. De là, elle se subdivise en deux branches principales : la première passe au travers des région de Volgograd et Rostov-sur-le-Don, pour atteindre les côtes ukrainiennes de la mer Noire, la deuxième éclate en de multiples voies au nord-ouest pour atteindre la Fédération de Russie, son premier grand marché, puis l’Europe tout entière7

Selon la police kazakhe, leur pays sert aussi de transit pour la drogue chinoise et des laboratoires seraient installés près de la frontière avec le Kazakhstan8. Les reliefs de l’Asie centrale ne sont pas des obstacles insurmontables pour les trafiquants : de nombreux points de passage permettent de traverser les 2087 kilomètres de frontières entre l’Afghanistan et ses voisins du nord, en dehors des trois grands postes frontières de Kushka (sur la route de Hérat à Achgabat, donc au travers du Turkménistan), de Termez (sur la route de Mazâr-e Charif vers Karshi et Boukhara, c’est à dire au travers de l’Ouzbékistan) et enfin de Nizhniy Pyandzh (sur la route de Kaboul vers Douchanbé, capitale du Tadjikistan).

De plus, les montagnes du nord-est de l’Afghanistan présentent des passages plus difficiles mais moins surveillés. Les trafiquants débouchent ainsi dans des provinces tadjikes qui sont autonomes de Douchanbé, avant de passer en Ouzbékistan et au Kazakhstan. Par exemple, la route depuis la ville frontière de Khorog traverse le Pamir pour atteindre, via les provinces tadjikes, les importants centres urbains d’Andijan et de Och, début d’un important réseau de voies de communication, soit vers le nord (Djamboul, Bichkek ou Almaty), soit vers l’ouest (Kokand, Tachkent ou Samarkand).

Ayant atteint ces grands centres de communication de l’Asie centrale, la drogue est alors convoyée vers la Fédération de Russie où la consommation est en rapide croissance.

Excepté la « route du sud » qui traverse le Turkménistan (on estime que le trafic sur cette route – 80 tonnes d’héroine par jour – va s’accroître de part la politique de neutralité turkmène, la corruption de ses élites gouvernementales, son retrait de tout effort de coopération régionale et notamment dans le domaine des narcotiques, d’autant que les efforts du pays pour stopper l’activité des trafiquants sur son territoire ont tous échoué1) et la mer Caspienne, toutes les autres routes de la drogue traversent à un certain moment le Kazakhstan. Ceci explique que plus de plus de 40000 kilos de drogues diverses ont été saisis dans ce pays dans l’année 20012. Plus de soixante pour cent des saisies étaient en « transit ». C’est également le cas du trafic, organisé par un Nigérian avec l’aide de six Kazakhs, qui a été découvert en août 1997 à Almaty. La drogue était convoyée par des passeurs sur des vols réguliers en provenance du Brésil (cocaine) et du Pakistan (héroine), elle était ensuite remise à d’autres passeurs qui prenaient le train pour Moscou3. De plus, les nombreux affrontements avec les forces de sécurité russes stationnées sur la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan montrent que le trafic doit y être énorme mais les prises loin en aval de cette région sont la preuve indiscutable que le trafic de drogue est peu ralenti par la présence russe qui, il est vrai, n’est censée défendre le Tadjikistan que contre la guérilla islamique. Ainsi, la répression sélective est courante dans cette région frontalière : pour preuve, le rapport de saisie de drogues diverses pour l’année 2000 établi par les gardes-frontières russes publié à Douchanbé fait état de 7,3 kilos par jour4. Or Interpol a de son coté évalué à environ 150 kilos la quantité de drogue en provenance du Tadjikistan qui transite par la « route du nord »5. Par ailleurs, il a été prouvé que des dizaines de passeurs de la « Mafiya » tadjike convoient la drogue jusqu’aux grandes villes de Russie, notamment Saint-Pétersbourg6.

 

 

2 -LES ZONES DE PRODUCTION DE LA DROGUE EN ASIE CENTRALE

 

Si les experts s’entendent sur la localisation des principales zones de production, l’estimation de ces productions en volume et en valeur n’est guère facile ; pourtant, cette étude répercutée sur les circuits du marché de la drogue ainsi que sur l’escalade des profits sur la « nouvelle route de la soie » serait un indice du poids économique des organisations criminelles transnationales issues d’ex-Union Soviétique.

Ces productions, par définition, sont des cultures illicites, en principe, pourchassés par les autorités locales. Trois grandes zones traditionnelles (le « Croissant d’Or », le « Triangle d’Or » et la « Cordillère de la Coca ») continuent de fournir l’essentiel des productions d’opiacés et de cocaine. La plus grande partie du pavot est cultivée en Asie dans le Croissant d’Or : Afghanistan, Pakistan et Asie Centrale. Cet ensemble fournit actuellement plus de la moitié de la production totale d’opium. Jusqu’à récemment, l’Afghanistan produisait 75 à 80% de l’héroine mondiale grace à ses immenses champs de culture de pavots.

Transformé le plus souvent en morphine-base et en héroine par des laboratoires installés dans les « zones tribales » du Pakistan et du Nord-Est de l’Afghanistan, il va etre utilisé pour alimenter les exportations vers les pays développés mais aussi le marché régional et local.

L’évolution de la production afghane d’opium et les tendances de la production d’héroïne dans la région ont donné une image encore plus complexe du problème de la drogue en Asie Centrale. L’Afghanistan a toujours été une zone de production d’opium, même si les quantités produites avant l’invasion soviétique étaient ridicules. Graduellement, avec l’éradication de l’opium en Turquie, Iran et Pakistan, l’Afghanistan a occupé la première place dans la production d’opiates dans le Sud-Ouest asiatique. De 1986 où l’Afghanistan produisait moins de 500 tonnes d’opium cultivés sur 10000 hectares, en 1999, on a atteint le chiffre record de 4600 tonnes d’opium (deux fois la consommation européenne annuelle en opiates) sur 90983 hectares. Cependant, en 2000, la production avait chuté à 3000 tonnes sur 82000 hectares et en 2001, à 185 tonnes, quasiment éradiquée dans des provinces comme l’Helmand dans le Sud-Ouest afghan (qui représentait à elle seule 40% de la production mondiale d’opium en 1999)[1]. Malgré cela, le trafic de drogue en Asie Centrale est resté aux plus hauts niveaux : un an après l’édit de juillet 2001 (l’interdiction de cultiver de l’opium en Afghanistan, édictée par les Talibans), une saisie de 2 tonnes d’opium brut a été faite sur la frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan[2]. Les raisons du faible effet de l’interdiction édictée par les Talibans viennent des habitudes prises par les trafiquants : ils avaient emmagasiné 240 tonnes d’héroine et d’opium brut en Afghanistan et le long des routes empruntées par le commerce de la drogue[3]. Finalement, en septembre 2001, l’intervention militaire en Afghanistan a entraîné un nouveau retournement de situation vers la hausse de la production d’opium alors que le gouvernement intérimaire interdisait l’opium dès le 17 janvier 2002 : soutenu par le Royaume-Uni et les Etats-Unis, le gouvernement intérimaire a tenté d’enjoindre les paysans à détruire leurs plantations de pavots en échange de 350$ par 3,700 m². Cependant, cette initiative a empêché ceux-ci de pouvoir récupérer leurs parts de l’année d’avant dû à l’édit d’interdiction de l’opium par les Talibans car le dédommagement financier ne couvrait aucunement les dépenses passées des fermiers pour accélérer le rendement de leurs plantations. Dans beaucoup des plus importantes régions productives de drogue en Afghanistan, les paysans recevaient normalement jusqu’à 3500$ pour 3700m² de pavot cultivé1. Finalement, parce que l’héroine afghane ne fournissait pas le marché américain en 2002, il était difficile pour le gouvernement américain d’entraîner leurs forces militaires dans des opérations anti-drogues de grande envergure. De plus, considérant le passé historique négatif des Etats-Unis en Amérique Latine dans le domaine de lutte contre le trafic de drogue, il est douteux que des efforts similaires aient donné un semblant de résultats en Afghanistan. La communauté internationale n’avait pas réagi assez rapidement pour fournir aux paysans afghans des solutions alternatives à la reprise des cultures illicites, d’autant que l’implication notoire de l’Alliance du Nord dans le trafic de drogue rendait peu crédibles les actions du gouvernement. Un rapport de l’UNDCP de février 2002 a confirmé que la culture d’opium en Afghanistan comptait 65000 hectares et fournissait entre 2000 et 2700 tonnes d’opium (l’équivalent du niveau du milieu des années 90). Ni les Talibans, ni le gouvernement actuel afghan ne contrôlent la production nationale d’opium. Les rapports des agences de renseignement indiquent que la plupart des trafiquants sont porteurs de passeports turcs ; autrement dit, les réseaux kurdes, très liés au PKK, qui avaient dominé le commerce d’héroine dans les années 80, contrôleraient en grande partie désormais la « route du sud » qui passe à travers l’Asie Centrale2.

Les différentes républiques qui appartenaient à l’URSS jouent un rôle de plus en plus croissant dans le marché de la drogue : on estime que l’Asie Centrale produit désormais près de 25% de hashish de plus que le reste du monde3. Si les conditions climatiques limitent les espaces propices aux plantations de pavot en Asie Centrale, elle bénéficie au départ d’atouts non négligeables : environ 4,5 millions de hemp sont plantés dans la vallée de Chuy, pouvant produire près de 6000 tonnes de hashish annuellement; la surface de chanvre à l’état sauvage dépasse le million d’hectares, du Kazakhstan à la Sibérie, sans oublier les 2000 hectares de pavots, déjà plantés capables de produire 30 tonnes d’opium par an5 ; l’éphédra pousse à l’état naturel au Kirghizstan, dont la vallée de Issyk-Kyl fournissait 95% de l’opium brut qui approvisionnait l’industrie pharmaceutique soviétique6. Mais un peu partout les spécialités locales prospèrent : l’Ouzbékistan, le Tadjikistan se lancent dans le cannabis et le pavot à opium7. Cependant, les  très diverses situations politico-militaires locales façonneraient davantage l’étendue des surfaces cultivées et la réussite de ces activités mafieuses que tout autre chose. Par ailleurs, les rapports révèlent le rôle de plus en plus important des laboratoires ‘fabriques d’héroine’ dans le processus du trafic de l’opium brut en Asie Centrale, notamment au Tadjikistan, ce que prouve le démantèlement de 53 labos dans les ex-républiques d’URSS. Cette croissance du secteur transformation dans le circuit de la drogue au Tadjikistan suggère que des parties de la société tadjike pourraient devenir dépendantes de l’industrie des narcotiques, non plus seulement en servant d’intermédiaires, mais en devenant des producteurs. La dépendance économique du pays, ayant souffert de la guerre civile, à l’industrie de drogue pourrait être atteindre 30 à 50%1. Le rôle des acteurs armés non-étatiques dans cette menace n’est pas neutre : le MIO, dans les dernières années, a déplacé d’énormes quantités d’opium brut au Tadjikistan – impliquant que le raffinage d’opium en héroine deviendrait une activité complémentaire et nécessaire. Plusieurs régions de production à grande échelle ont été isolées2 :

Au Kazakhstan

_ dans le sud du pays et à l’est de la mer d’Aral, région du sud-ouest de la ville de Kyzyl Orda et du fleuve Syr Darya.

_ à l’est du pays, près de la frontière chinoise, région au nord de la ville de Taldy-Kourgan.

 

En République Kirghize

_ au sud-est de la capitale Bichkek, région s’étirant au sud du lac d’Issyk-Koul, entre les villes de Rybatchye et de Przhevalsk

 

En Ouzbékistan

_ dans le sud du pays, au sud-ouest de la ville de Samarkand, en direction de la ville de Karchi

 

Au Tadjikistan

_ dans l’ouest du pays, au nord de la capitale Douchanbé, dans la région de Panjikent, près de la frontière avec l’Ouzbékistan

_ dans la partie centrale du pays, du nord au sud, dans la région du Haut-Badakhchan.

 

Au delà de l’échec patent des programmes de développement rural en Asie Centrale (dont celui du Président Nazarbaev du début 2004 dont l’objectif en facilitant essentiellement les crédits octroyés aux fermiers était de faire rentrer son pays dans l’OMC à la fin de la décennie) qui révèle la situation désespérée de l’agriculture des 5 Etats3, raison majeure des migrations vers les villes et des cultures illicites, la croissance des plantations de pavots pourrait être favorisée par le large réseau des mafias de drogue locale et ceux des organisations criminelles transnationales qui opèrent fréquemment dans n’importe quel Etat de la région. 

 

3 – UN MARCHE DE LA DROGUE CONVOITE : MAFIAS DE DROGUE, ORGANISATIONS CRIMINELLES TRANSNATIONALES ET GROUPES TERRORISTES

 

 

L’Asie Centrale, née de la chute de l’Empire Soviétique, a attiré un grand nombre de groupes attirés par les profits potentiels du commerce illicite des opiates. Trois types de groupes sont impliqués dans le narcotrafic régional : les mafias de drogue, les organisations criminelles transnationales et les groupes terroristes.

Ceux-ci ont développé des immenses réseaux afin de fournir en opiates le marché croissant d’ex-Union Soviétique et le vaste marché européen. Par ailleurs, la Chine et le Japon deviendraient peu à peu des clients secondaires de ces réseaux.

Les premiers acteurs associés au trafic de drogue afghane sont donc les mafias. Localisées en Afghanistan et dans toutes les cinq républiques d’Asie Centrale, les mafias de drogue s’identifient par leur implantation nationale (elles n’ont généralement pas de réseaux transnationaux en place) et par le caractère exclusivement clanique ou ethnique1. Leur rôle sur le marché de la drogue à acheter les raw opiates aux fermiers  et à vendre les shipments à des acheteurs internationaux. Les mafias de drogue sont des intermédiaires dans le commerce régional de la drogue. Clairement motivés par des intentions criminelles, les mafias dominent un des deux pôles d’extrémité du problème criminel en Asie Centrale.

Comme les mafias afghanes, les républiques d’Asie Centrale composent l’unique base des mafias de drogue locales, mais les groupes Kazakhs, Kirghizes, Tadjiks, Turkmènes et Ouzbeks ne sont pas aussi bien implantés que leurs congénères afghans. Malgré une volonté de développer la coopération régionale de la part des trafiquants afghans au profit du commerce illégal d’opiates, les groupes d’Asie Centrale ont très peu d’expérience dans celui-ci. En fait, malgré l’émergence de « la route du nord », il y a peu de raison pour les mafias de drogue d’Asie Centrale de rechercher une intensification des relations avec les mafias afghanes2.

Beaucoup de mafias nationales en Asie Centrale sont composées de quelques membres et leurs activités se bornent à la production locale et à la distribution de hashish3. Cependant, certaines achètent auprès des trafiquants afghans les opiates pour leurs théâtres nationaux d’opération. Non influentes dans le tableau du commerce de la drogue, les mafias de drogue dans des pays comme le Kirghizstan ou le Kazakhstan gardent un certain degrés d’influence dans la communauté et ont établi des connections avec des fonctionnaires locaux, mais leur faiblesse réside dans leur manque de connections internationales.

Le second groupe d’acteurs engagé dans le trafic de drogue régional se compose des organisations criminelles transnationales. Ces groupes forment le plus grand danger pour les pays d’Asie Centrale, en partie à cause du fait qu’ils composent une chaîne d’acteur régionaux et internationaux incluant les officiels de nombreux gouvernements et dans les services secrets.

Résultant de la composition de leurs membres (venant d’horizons différents), quelques groupes transnationaux criminels entretiennent des motivations politiques. Combiné avec l’usage de la violence répétée, ces groupes sont le pivot des réseaux de criminalité. Les acteurs principaux du trafic de drogue Afghanistan/Asie centrale1 se décomposent en plusieurs groupes :

_ un réseau de gangs afghans, kirghizes et russes qui transfèrent des chargements d’opiates vers l’Asie Centrale, les Etats Baltes, la Russie et l’UE.

_ un réseau de gangs d’Afghans, de Turkmènes et de Turcs qui font régulièrement la navette à travers le Turkménistan (parfois l’Arménie et l’Azerbaïdjan) vers la Turquie pour le trafic d’opiates.

_ une coalition de gangs caucasiens responsables du contrôle d’une part importante de l’industrie de drogue (laboratoires notamment) de la Fédération russe.

_ une coalition de groupes afghans - iraniens et afghans – pakistanais.

_ des groupes indépendants tadjiks et ouzbeks privilégiant leurs liens avec la diaspora en Afghanistan.

_ des groupes de Kirghizes et de Turkmènes qui essaient de développer leurs liens avec les mafias de drogue afghanes.

Pour finir, des groupes chinois, coréens, américains, latino-américains et nigérians tenteraient d’accroître leur influence sur des segments du trafic régional.

Un exemple de cet aspect transnational dans le trafic de drogue est en 1999 le cas du citoyen américain Andrew Klein. Les services de sécurité ouzbeks ont découvert que Klein, travaillait d’Asie Centrale et coordonnait les mafias afghanes et latino-américaines, opérant sur les marchés de drogue russe, européen et américain2.

Klein a été arrêté à Amsterdam alors qu’il essayait d’organiser une opération qui voulait transporter simultanément 13 tonnes de drogues d’Asie en Europe, utilisant la Russie et l’Asie Centrale comme points de transit.

Il est important de noter que les opérations des organisations criminelles transnationales ne sont pas toujours basées en Afghanistan. Des relations établies avec les mafias de drogue afghanes et celles de ses voisins étatiques ont permis aux réseaux criminels transnationaux d’utiliser l’Iran, le Pakistan et les républiques d’Asie Centrale comme bases opérationnelles.

De plus, à côté du stockage d’opiates en Afghanistan, les groupes transnationaux stockent aussi dans des centres régionaux différents comme à Osh, Shymkent et Samarkand où s’implantent de plus en plus fréquemment des laboratoires (un rapport de l’UNOCD de2003 fait état de 53 laboratoires démantelés en Asie Centrale).

Comme la plupart des organisations criminelles opérant dans l’histoire, les organisations criminelles transnationales usent de la corruption et de l’intimidation pour établir et exercer leur influence.    

Possédant en leur sein des membres officiels politiques, de la lutte contre la drogue et des militaires, l’étendue de l’intimidation et de la corruption exercées par ce groupe d’acteurs est bien plus destructive pour l’Etat et la sécurité régionale que les mafias de drogue locales. Au Tadjikistan, par exemple, les groupes transnationaux ont été accusés d’attentats à Duchanbé en 1999 et 2000. Après avoir démontré leur propension à la violence, les groupes transnationaux ont établi une base plus sûre à partir de laquelle ils peuvent donner un pot de vin aux fonctionnaires. Face au choix entre la mort et les menaces envers leur famille ou le pot de vin, beaucoup de membres de gouvernement et d’agents de sécurité ont choisi la seconde option, surtout quand les menaces sont combinées avec de très bas salaires.

Les organisations criminelles transnationales sont ainsi intéressées par les gains financiers associés au trafic de drogue et de même cherchent à établir un contrôle politique pour sécuriser leurs opérations, en s’appuyant de préférence sur les élites gouvernementales mais rien n’exclut l’alliance avec des groupes rebelles comme le MIO qui, on va le voir, s’engage dans des actions qui permettent la sécurisation du trafic de drogue.

Enfin, un dernier groupe d’acteurs domine le marché de la drogue : ce sont les groupes armés non-étatiques et les groupes terroristes, dont les Talibans, Al-Qaeda et le Mouvement islamique d’Ouzbékistan. Même si ces groupes ne sont pas nécessairement l’acteur le plus puissant dans l’environnement régional, ils ont été l’objet de l’attention des observateurs internationaux notamment à cause de leur capacité à perpétrer la violence et l’instabilité dans la région.

Ainsi les groupes armés non-étatiques sont commandés par des « warlords ». Les chefs de guerre existent en abondance à la fois en Afghanistan et au Tadjikistan, résultat de leur expérience de la guerre civile (les chefs de guerre sont des individus qui ont été engagés dans la complexité des affaires politiques de par leur influence mais qui éventuellement ont pris le contrôle d’aires géographiques. Entourés de militants armés, les chefs de guerre deviennent de facto les dirigeants de leur territoire et maintiennent l’ordre par l’intimidation. De plus, ils s’engagent souvent dans des alliances à courts termes avec d’autres chefs de guerre pour sécuriser leur base économique –donc militaire). Depuis le début des années 90 en Afghanistan, les chefs de guerre comme le célèbre Abdul Rashid Dosctum changent d’allégeance politique de sorte de maintenir un degrés d’influence sur leur aire géographique, ce qui leur permettent par la suite de développer des activités illicites le cas échéant (les chefs de guerre à Taloqan sont devenus de vrais trafiquants et possèdent plusieurs maisons entièrement remplies de drogues diverses, et coopéraient avec l’un ou l’autre des adversaires qui se disputaient le contrôle régional : Talibans et Alliance du Nord. Par ailleurs, l’industrie de la drogue a souvent unifié ces deux groupes qui s’opposaient idéologiquement, militairement et politiquement). Ils dominent le commerce de la drogue de deux façons : en collectant des taxes sur les paysans locaux ou sur les trafiquants transitant sur leur territoire ou enfin, en contrôlant les facilités de production (laboratoires notamment) et sont ainsi bien plus impliqués dans le trafic de drogue.

Le nouveau gouvernement afghan hésite beaucoup à s’aliéner les chefs de guerre car ils commandent de puissantes factions armées qui pourraient déstabiliser profondément le fragile consensus politique de l’Afghanistan d’après 20011. Ces chefs de guerre ont souvent été partie dans des négociations afghanes entre les deux grandes forces d’opposition armée de l’époque : les Talibans et l’Alliance du Nord. Ceux-ci ont été impliqués dans le trafic de drogue mais les Talibans n’ont jamais contrôlé la majorité du trafic et si l’édit de 2000  a permis en partie la réduction les terres occupées par les plants de pavots, cela tient plus à une tactique conjoncturelle du gouvernement de l’époque de prendre avantage d’une décision commune des mafias de drogue et des organisations criminelles transnationales de faire monter les prix des opiates tout en éliminant les stocks2.

En 2002, de hauts fonctionnaires de Kandahar et même le Ministre de la Défense afghan ont été accusés d’avoir des liens avec le trafic de drogue3.

Enfin, de nombreux groupes extrémistes et terroristes ont été impliqués avant septembre 2001 à plusieurs degrés dans le commerce régional de la drogue, jouant souvent comme les Tigres Tamouls, un rôle limité consistant à faire offrir leurs réseaux aux trafiquants pour les opérations de petite envergure. Le seul groupe totalement impliqué dans le trafic de drogue est le Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (basé dans la vallée de Fergana). Cependant, dû à l’organisation et aux opérations du groupe avant septembre 2001, on peut suggérer que leurs intentions sont conduites autant pour des raisons purement criminelles que des motivations politiques ou religieuses – même si le remplaçant de Namanganiy, Yuldashev tente de reformer une base solide au sein du mouvement sur une rhétorique plus radicale et plus conforme à l’origine idéologique du mouvement.

Les activités du MIO révèlent que la motivation principale de leurs incursions en 1999 et en 2000 était de déstabiliser les zones de frontière afin de maintenir et de sécuriser les routes du passage de la drogue. Ainsi, le MIO a manipulé avec succès une situation politique grâce à l’usage d’actes terroristes pour sécuriser ses intérêts criminels4. Alors que l’Ouzbékistan et le Kirghizstan s’engageaient dans un renforcement de leurs forces de police, l’incident de Batken – en réponse à la relative réussite du gouvernement kirghize de surveiller étroitement la route majeur du trafic de drogue qui va de Khorog au Tadjikistan à Osh au Kirghizstan, tout au long de laquelle les bases de l’IMO sont implantées -  a servi à attirer l’attention internationale pour couvrir d’autres missions simultanées qui consistaient à faire passer des chargements illicites d’opiates et à reconnaitre de potentielles nouvelles routes pour le trafic de drogue1 (par ailleurs la forte rançon demandée par les preneurs d’otage ne peut se comprendre que dans la poursuite du profit opportuniste de la part des militants du MIO, apparentée au comportement des milices tchétchènes). Il cherche ainsi à créer une situation nécessaire d’instabilité et de trouble aux frontières des Etats d’Asie Centrale (frontières de l’Ouzbékistan et le Tadjikistan sur la route de Kansay à Angren  et de l’Ouzbékistan et le Kirghizstan au poste-frontière de Kara-Satog), là même où transite la drogue2 sur la « route du nord ». Il contrôle actuellement près de 70% du narcotrafic qui transite par le Kirghizstan et une partie des chargements entrant au Tadjikistan.

 

4 – L’industrie du trafic des drogues :

 

La drogue est à l’origine d’un marché international où les zones de production et les principaux marchés de consommation ne se juxtaposent pas. La transformation de la matière première en produits élaborés s’effectue dans des laboratoires clandestins, situés dans les débuts ou vers la fin de la filière. Le transport de drogue et en particulier l’acheminement vers les grands marchés européen et américain, est souvent l’opération la plus risquée pour les trafiquants. Cependant, plus on va vers l’aval du trafic, plus les perspectives de profits sont importantes. Cela explique le rôle joué dans le trafic par les organisation criminelles transnationales ( Uralmash1, Mafyia moscovite,...). Mais la réalité est plus complexe : elle s’appuie sur de multiples réseaux comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, parfois modestes et de courte durée à cause de la répression menaçante et des rivalités entre trafiquants. La drogue suit des chemins détournés où se croisent trafiquants professionnels, intermédiaires naifs ou complaisants, passeurs amateurs et petits dealers. Si certaines filières se perpétuent, il y a en permanence un souci de multiplier  les itinéraires et les procédés pour tromper les services douaniers et policiers même si les saisies sont somme toutes d’importance relative au vu du potentiel financier d’une telle industrie.

Les activités illicites en matière de drogues, qui sont une source majeure de revenus pour la plupart des organisations criminelles transnationales, peuvent être considérées comme une véritable industrie, comprenant différentes étapes au niveau de la production et de la distribution en gros comme au détail. C’est une industrie très lucrative, surtout parce que la demande est forte et parce que les fournisseurs de matières premières et les consommateurs des produits finis ont très peu de pouvoir2. De plus, la mise sur le marché de nombreux dérivés des types de drogues fait croître les chances de profit3.  L’argent provenant de l’industrie du trafic de drogues va en grande partie aux organisations de trafiquants, alors que les paysans qui assurent la culture de la coca et du pavot n’en retirent qu’un revenu très modeste, bien que généralement plus élevé que celui que leur rapporteraient d’autres cultures4. Selon les études menées, la part du chiffre d’affaires final revenant aux producteurs est faible : de 1 à 5% pour  l’héroine et le cannabis ; ainsi, sur la base de trois hectares et cinq récoltes  par an, son revenu s’élève à 250 euros par an.

L’émergence de l’industrie du trafic des drogues, qui rapporte des milliards de dollars par an, a beaucoup favorisé le développement des organisations criminelles transnationales – d’autant qu’on observe de plus en plus des rapports s’établissant avec d’autres formes de trafic dont celui des armes - et a contribué à faire du blanchiment de l’argent une activité à profit élevé. En outre, l’argent de la drogue est l’un des principaux moyens de corrompre des pouvoirs publics. Une corruption qui  fournit une bonne raison pour les gardes-frontières ou la police locale de fermer les yeux : ainsi, celle-ci est absente ou incapable d’intervenir au cours de crises aussi dramatiques que l’enlèvement d’otages au Tadjikistan par les trafiquants afghans1.

On remarque facilement l’influence des organisations criminelles transnationales dans la ‘philosophie’ (criminalité objective), la préparation (l’utilisation massive des pots de vin à la police) et enfin la finalité (la rançon dans l’enlèvement d’août 2002 s’est élevé à 80000$) de ces enlèvements ; à Porvor ou à Shuroabad, les habitants sont visés selon les conjonctures : la recouvrance par les trafiquants de drogue afghans de leurs dettes, la volonté d’impliquer la population dans les cultures illicites,... De 1999 à 2004, le vol de bétail, les prises d’otages et le trafic de la drogue et des armes sont devenus endémiques. Les autorités locales sont souvent coupables de saisies illégales et d’extraire des taxes imaginaires des populations sous prétexte de combattre le trafic de drogue2

Les opérations de drogue impliquent une myriade d’acteurs qui interagissent entre eux.

Cependant, seuls quelques groupes contrôlent réellement le commerce de la base au marché international (ce qui n’est pas le cas du MIO pour ce qui est de la distribution européenne ou américaine) mais ils sont obligés d’agir avec l’aide d’autres acteurs à un point ou à un autre du circuit du marché de la drogue.

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1 Jean-Christophe Peuch, « Central Asia : Changes Link Russian Military to Drug Trade », RFE/RL, 8 juin 2001.

2 Asal Azamova, « The Military is in Central of Drug Trafficking in Tadjikistan », Moscow News, 30 mai 2001.

3 Le franchissement de la frontière par voie de mer est courant. Au cours d’une patrouille le 22 janvier 2004, les gardes-frontières russes à la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan ont détruit un navire transportant deux passeurs de drogue, TSOS FSB, 22 janvier 2004.

1 « La Russie, nouvel empire de la drogue », Le Monde, 16 avril 1997.

2 INCB, « Annual Report on the illegal drug trade », Tadjikistan, INCB, 3 mars 2004.

3 Asia-Plus News agency, Douchanbé, 20 juillet 2001.

1 IRNA du 10 juin 1997.

2 Journal Hamchahri de Téhéran, 7 août 1997.

3 Molly Moore, « Iran Fighting a Losing Drug War », Washington Post, 18 juillet 2001.

4 IRNA du 6 octobre 1997.

5 Au passage de la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan, les trafiquants n’ont pas hésité à tirer sur les soldats russes qui ont alors répliqué. Tous les membres du groupe de trafiquants ont été tués après une course poursuite, sauf un, grièvement blessé, qui est détenu à Douchanbé. Trois sacs d’héroine et de gashishem, 2 modules de polyethylènes valant 280000$ et enfin des kalashnikov et des munitions ont été retrouvés, TSOS FSB, 8 janvier 2004.

6 Martha Brill Olcott and Natalia Udalova, «  Drug Trafficking on the Great Silk Road : The Security Environment in Central Asia », Carnegie Endowment for International Peace Working Paper, No. 11, Mars 2000.

7 Trafics et crimes en Asie centrale et au Caucase, Camille Verleuw, PUF, 2000, p. 42.

8 Journal Vest d’avril 1996.

1 Times of Central Asia, 26 juillet 2001.

2 Itar-Tass du 9 février 2002.

3 Itar-Tass du 29 août 1997.

4 Itar-Tass du 10 juin 2001.

5 AFP du 29 août 2001.

6 Interfax du 5 novembre 1997.

[1] UNDCP, Afghanistan, « Annual Opium Poppy Survey 2001 », Islamabad : UNDCP, 2002.

[2] Alexei Igushev,  « Tajikistan, 2 tons of Opium Went Up in Smoke », Central Asia-Caucasus Analyst, 1 août 2001. 

[3] Svante E. Cornell, « The Nexus of Narcotics, Conflict and Radical Islamism in Central Asia », Caspian Brief No. 24, Juin 2002, p.9.

1 Alena Torlova, « Angry Afghan Farmers get dollars for drug harvest as destruction begins », AFP, 13 Août 2002.

2 Svante E. Cornell, « The Nexus of Narcotics, Conflict and Radical Islamism in Central Asia », Caspian Brief No. 24, Juin 2002, p.10.

3 Kadyr Alimov, « Social and economic transformations in Central Asia and the international drug problem : an Uzbékistan Case study », in «  Globalization and the International Drug Problem in Central Asia and Pakistan » from sub-regional Workshop organized by UNESCO/MOST, in collaboration with UNDCP, Tashkent, National Commission of the Republic of Uzbékistan, 14 décembre 1998.

4 Alexander Zelichenko, « The Drug situation in Central Asia », The Times of Central Asia, vol. 1, no. 11, 20 mai 1999.

5 Adam Rikenko, « UN, Central Asia states plan to bolster anti-narcotics activity », New Europe, 31 janvier 1998.

6 Yuri Razgulyayev, « Growing of Opium Poppies may be renewed in the Issyk-Kyl valley in Kyrgyzia », Pravda, 18 septembre 2002.

7 Jean-Claude Grimal, Drogue : l’autre mondialisation, Gallimard, 2000.

1 « Central Asia : Drugs and Conflits », International Crisis Group, Asia Report, no. 25, 26 novembre 2001, p.8.

2 « Data on seizures of narcotic drugs and psychotropic substances : 1985-1995 » de la Subcommission on illicit drugs traffic and related matters in the Near and Middle East,  Bakou, 17-21 février 1997.

3 Eduard Poletaev, Ainur Adilbaeva et Daur Dosybiev, « Kazak Farm Reforms Flawed », RCA, No. 268, 27 février 2004.

1 Tamara Makarenko, « Central Asia Criminal Networks », Jane’s Intelligence Review, vol.14, no.5, Mai 2002

2 ibid.

3 ibid.

1 ibid.

2 ibid.

1 Thomas Withington, IWPR Reporting Central Asia, No. 99, 18 janvier 2002.

2 UNOCD, World Drug Report, Central Asia Survey, vol. 1, 1er trimestre 2001.

3 Tamara Makarenko, « Central Asia Criminal Networks », Jane’s Intelligence Review, vol.14, no.5, Mai 2002

4 Tamara Makarenko, « Crime and terrorism in Central Asia », Jane’s Intelligence Review, vol.12, no.7, Juillet 2000.

1 RFE/RL Newsline, December 1999.

2 IWPR staff (RCA No. 31), Aout 2000.

1 Il a été révélé que les organisations criminelles transnationales d’origine russe basées en Oural étaient largement impliquées dans le trafic d’opiates venant d’Afghanistan et de Chine. A la suite de l’arrestation d’un étudiant à Turuntayevo par les départements du FSB dans les républiques de Bouriatie et d’Irkoutsk, un vaste réseau auquel il participait, réunissant des organisations criminelles interrégionales impliquées dans la distribution et l’acheminement de la drogue, a été mis à jour et des trafiquants interpellés. Pris en possession d’un minibus recelant 20 kilos d’héroine, il tombe sous le coup de 5 chefs d’inculpation (Production illégale, vente, stockage, transport, et vente de narcotiques ou de substances psychotropiques). S’appuyant sur des bases permanentes en Russie mais aussi sur des points temporaires en Asie Centrale (Astana, Almaty, Tachkent, Osh et Douchanbé), ce réseau utilisait les services de passeurs afghans de la ville de Faisabad ou de la région d’Helmand. Le réseau approvisionnait en héroine les villes russes dont Samara, Ekaterinburg, Novosibirsk et Krasnoyarsk. Il a été établi que le transport se faisait par rail ou par véhicule motorisé. Les conducteurs des minibus étaient responsables de ‘circuits courts’ faisant le voyage d’une ville à une autre ; ils étaient utilisés de façon « aveugle » : ils ne connaissaient généralement rien de leurs commanditaires. Des jeunes filles servaient de courrier aux réseaux, TSOS FSB, 20 janvier 2004.

2 Phil Williams, « International drug trafficking : an industry analysis », Journal of Law Intensity Conflict and Law Enforcement, juin 2000.

3 A la frontière entre la Russie et le Kazakhstan, au poste frontalier de Kajsatskoe près de Volgograd, à la suite de l’inspection d’un train, on a découvert 200 kilos de produits médicaux dits ‘nezadeklarivoannyh’ (traduction russe), TSOS FSB, 19 février 2004.

4 Michel Schiray,  « Les filières stupéfiants : trois niveaux, cinq logiques », Futuribles, no. 185.

1 Turko Dikaev, «  Tajikistan : Villagers Held Hostage by Afghans », IWPR, 13 Août 2002.

2 Nancy Lubin, « Central Asia’s war on drug takes a high human toll », Eurasianet, 14 mai 2001.

 

 

 

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