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La Chine sème des graines pour un regain de violence au Xinjiang ( 21 novembre 2001, Ruth Ingram)
La « guerre contre le terrorisme » chinoise pourrait accélérer et multiplier les risques de violence, au lieu de les réduire. La politique « dure » de Pékin contre ce qu’elle appelle les fondamentalistes et les séparatistes dans la province du Xinjiang, au Nord Ouest de la Chine depuis le 11 septembre 2001 a eu comme résultat trois exécutions, trois en attente, et des centaines d’arrestations plus ou moins arbitraires. Alors que les Ouigours se sentent davantage frustrés et persécutés, la Chine pourrait être menacée de troubles, si elle continue à soutenir une politique de répression, déclare Huji Tuerdi, un défenseur des droits des Ouigours et président de l’association américaine des Ouigours. Tuerdi, qui dénonce régulièrement la répression du peuple Ouigour au Xinjiang, a condamné Pékin pour l’intensification de sa « déclaration de guerre ». « Il est outrageant que la République Populaire de Chine utilise la tragédie du 11 septembre pour perpétrer des actes de violence contre ses propres citoyens dans la région autonome du Xinjiang » a-t-il déclaré, assurant que la lutte pacifique des Ouigours pour leur auto-détermination n’a rien à voir avec le terrorisme.
La minorité séparatiste chinoise est en état de siège depuis maintenant cinq ans. La première campagne de répression de Pékin en avril 2001 a conduit à 200 exécutions et à la détention de 10000 suspects. La seconde campagne, annoncée après le 11 septembre, semble être recouverte du voile d’absolution de la guerre contre le terrorisme, donnant ainsi à Pékin carte blanche pour persécuter n’importe quel citoyen chinois que le pouvoir soupçonnerait d’avoir des idées « terroristes ». Le mot « terrorisme » est donc utilisé comme écran de fumée pour oppresser toute opposition à l’administration communiste, selon Tuerdi.
Bien que musulmans, historiquement le peuple du Turkestan Est ont été chrétiens, zorastriens, bouddhistes et shamanistes. Des lois draconiennes imposées par les communistes ont interdit pendant 52 ans à tout enfant de moins de 18 ans à explorer son héritage religieux ou à pratiquer sa foi. Parce que l’athéisme était de rigueur à l’école, l’héritage Ouigour s’est perpétué par les anciens, dont beaucoup étaient non instruits religieusement. En conséquence, une ignorance a perverti la culture religieuse. La littérature religieuse en langue Ouigour fait systématiquement écho avec le nationalisme et la haine des chinois. Pour une large part de ceux qui se réclament musulmans, la ligne de fracture entre les religions se situe souvent à ceux qui mangent le porc et ceux qui ne le mangent pas. Le ressentiment contre les chinois est aussi un autre facteur identitaire. Les Ouigours sont plus traditionalistes dans le sud mais bien que les signes ostensibles soient islamiques, beaucoup d’entre eux n’ont qu’une idée éloignée de ce qu’être musulman veut dire. « Les filles et les femmes ne vont pas à la mosquée et il n’y a personne pour leur enseigner ce en quoi elles croient », a déclaré une femme dont la mère doit se couvrir la figure lorsqu’elle recoit des visiteurs. Les Ouigours essaient de suivre les pratiques islamiques, mais ces pratiques ressemblent plus à des superstitions héritées depuis des générations. Mais quelque soit leurs pratiques religieuses, la force fédératrice pour la minorité Ouigour est leur haine contre les chinois.
Même les Ouigours reconnaissent qu’un problème existe lorsque leur foi est assimilée à leur désir d’avoir une nation indépendante. Etre musulman est souvent interprété comme le respect des traditions Ouigours et le refus de manger du porc.
Une jeune femme professeur à Gulja, une ville à la frontière du Kazakhstan, s’étant qualifiée elle-même de « radicaliste islamiste » admet que si elle pouvait acheter des armes, elle le ferait. Elle manifeste son « radicalisme » en refusant de manger du porc qui selon elle, est le crime le plus infamant pour l’Islam. En confinant le débat sur l’héritage Ouigour au secret, Pékin favorise l’embrigadement de jeunes Ouigours dans des mouvances extrémistes. Ainsi, beaucoup d’Ouigours deviennent la cible potentielle de fondamentalistes.
Les Ouigours se voient refusés le bénéfice d’en savoir plus sur leur religion. La pauvreté de cette minorité, renforcée par les flux massifs de Hans qui viennent s’installer au Xinjiang peut provoquer à terme une révolte plus grave qu’elle n’existe aujourd’hui. Une armée de personnes pauvres, illettrées et désespérées à voir leurs exigences reconnues est en train de prendre forme dans la région. Copyright © 2006 [Central Asia Analyst]. Tous droits réservés.
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