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Asie Centrale
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11/11/2005 10:50:27
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L’encadrement du pouvoir politique comme source de stabilite (Brève analyse du cas chinois)
La Chine est devenu un géant économique de taille planétaire. Et comme on avait pu parler de « miracle » japonais ou allemand il y a deux décennies, on parle désormais du « réveil » chinois. Tout semble indiquer en effet que le réveil de l’économie chinoise sera bien plus pesant sur l’économie mondiale qu’avaient pu l’être alors les économies japonaises et allemandes. Les effets se font déjà sentir en Europe avec la récente crise du « tissu » et de la crise du « thé » qui se profile à l’horizon 2007-2008. Mais dans le domaine politique, rien de semblable. Les tendances et dynamiques viennent se recouper, se contredire voire s’annuler. Nous pouvons alors nous demander quel est le lien exact entre l’ouverture économique chinoise et le contrôle total du pouvoir central de l’espace politique, pour ensuite nous intéresser à un corollaire presque logique, les enjeux d’une telle relation.
1) De sa puissance économique dépend sa stabilité politique
a) Une économie libérale mais un cadre politique contrôlé : En 1992, Deng Xiaoping relançait l’ouverture économique. La totalité du système économique fut restructuré. Deng Xiaoping a développé l’industrie, l’agriculture, la défense, les sciences. Depuis, une réelle économie socialiste de marché se développe. Cette restructuration favorisa aussitôt les investissements étrangers (53 milliards en 2004) : la Chine devenait l’eldorado de la main d’œuvre peu chère, dotée d’une population potentiellement consommatrice gigantesque. Elle est devenu l’atelier du monde, un atelier avec 9 % de croissance annuelle. Les échanges avec le reste du monde ont presque quintuplé entre 78 et 2000. La Chine représente désormais 9% des exportations mondiales en 2005. Enfin, le tourisme s’accroît dans le pays. La Chine est devenue un des pays les plus visités au monde avec 35M de touristes par an. Politiquement, la Chine demeure un pays où la torture et les condamnations sont habituelles (encore plus de 10 000 arrestations par an). Jean-Luc Domenach rappelait que « la répression [du gouvernement] a empêché que la révolution anti-communiste ne triomphe ». Si le système économique chinois s’est admirablement bien adapté au capitalisme libéral, les idées politiques occidentales mettront certainement plus du temps à s’implanter. Cette situation ne permet pas la démocratie. Cheng Yizhong lance un quotidien « les nouvelles de la métropole du Sud » en 95, il brave la censure et déroge le pouvoir. En février 2004 il lance un manifeste pour la liberté, « aucune nuit n’est éternelle, l’homme revient toujours ». Mais en 2004, il est arrêté et mis en examen pour corruption et détournement de fonds publics. Il risque entre 10 et 15 ans d’emprisonnement. D’autant plus que le gouvernement chinois ne semble pas pressé de prendre des mesures de libéralisation politique, en effet, partant du postulat que la stabilité du régime dépend de l’économie, quel intérêt aurait un dirigeant à remettre en cause un pouvoir qu’il détient visiblement sans potentialité de menace à court terme ? Dans ce cadre, toute relation avec l’Occident est bonne à prendre, car plus on se modernise, plus on justifie son pouvoir et on démontre ses compétences. L’évolution des échanges technologiques entre la Chine et les pays européens notamment vont clairement dans cette voie. L’exemple des Jeux Olympiques de 2008 pourrait en être une autre manifestation : en effet, la Chine par l’organisation de ces jeux démontre à la scène mondiale qu’elle est devenue un acteur « légal », assimilé aux règles du jeu international.
b) Monopolisation du discours et de l’espace: Outre la priorité à l’activité économique, le pouvoir central est ferme envers tout groupe, toute entité qui voudrait lui faire concurrence. La politique intérieure est également sa politique, de même que la politique économique l’est. A la fin des années 1990’s, la secte « Falungong », créée en 92, s’oppose au pouvoir. En 1999, 10000 disciples de la secte manifestent devant le comité central, mais elle se heurte bientôt au pouvoir qui commence à craindre une déstabilisation de ses acquis. La secte subit aussitôt une large répression alors même qu’elle ne représentait pas une réelle menace pour le gouvernement. Cette secte a été présentée comme la porte parole de la société civile tout en montrant un certain retour au religieux dans une société en perte de repères. Ainsi, même si des évolutions politiques sont visibles : le système législatif chinois reconnaît désormais la propriété et l’investissement privé, le gouvernement chinois fonctionne par « petites touches » : il n’accorde que ce qui est nécessaire pour la continuité du processus économique. Mais deux questions se posent : un pouvoir fondé exclusivement sur le succès de la croissance économique n’est il pas voué à une surenchère ? Récemment, les autorités s’apercevant que près de 40% des revenus étaient captés par l’épargne, le gouvernement a pris la décision de du baisser cette épargne afin d’augmenter la consommation des ménages et d’augmenter encore plus la croissance. Cependant, dans cette surenchère, les disparités sociales entre populations urbaines et rurales ne tendent elles pas à représenter un facteur déstabilisateur d’une telle stratégie ? Il existe en effet un décalage de 1 à 3, 3 entre les revenus dans les villes et campagnes, des manifestations ouvrières ont d’ailleurs éclaté pour cet objet en 2002 dans l’ancienne Mandchourie. De plus, même dans les villes, le taux de chômage serait de 15 à 20% et non officiellement de 5%. Une ségrégation sociale devient de plus en plus visible. Il existe ainsi une société privilégiée dont font partie les 60 M de membres du parti communiste et les 60M de la jeunesse communiste, les soldats, la police etc, ils ont fait des études comme 92% des membres du comité central, à l’université de Qinghua, le lieu de formation de l’élite politique et administrative. Le gouvernement central serait donc lancé dans une véritable course contre la montre pour échapper aux conséquences de cette ségrégation. La Chine doit donc créer des emplois et favoriser les entreprises privés afin d’assurer une croissance forte. La Chine reste un pays à revenu faible et 600M de chinois vivent avec moins de 2$ par jour, d’ici 2020 le chiffre devrait se situer autour de 200M. Outre la surenchère économique, vient presque automatiquement la surenchère politique : en effet, le gouvernement, de risque de perdre pied, est tenu à réprimer toute contestation politique. La seconde question est celle-ci : que dire d’un pouvoir aux bases politiques si fragiles ? N’est il pas facteur de déstabilisation lui-même ? Et n’est il pas dans l’intérêt de tous de le renforcer ? Le gouvernement n’a pas tardé à se rendre compte de cette menace puisqu’il évite à tout prix d’être distancé voire supplanté par les élites économiques du pays : ainsi, la comité du parti a été ouvert aux entrepreneurs privés. C’était une façon de contrôler leur pouvoir et d’éviter la réclamation de multipartisme.
2) La Chine s’est rendue indispensable pour assurer sa pérennité
a) Le jeu « prudent » de la puissance chinoise Il existe un jeu de puissance entre l’Europe, la Chine et les États Unis. La Chine devait, pour maintenir son pouvoir au sein d’une société mouvante bouleversée par de multiples mutations sociales (le paysage chinois a changé, l’urbanisme est modifié, l’image chinoise a changé. Le mode de vie se rapproche en partie des critères occidentaux), accaparer non seulement le domaine de la politique interne, mais également externe. Les manifestations de cette volonté de puissance à l’extérieur se multiplient. Elle joue ainsi le rôle de négociateur avec la Corée. L’évolution en matière de politique étrangère témoigne également de ce souci de normaliser ses relations internationales. Le rapprochement sino-américain en fait partie : les États-Unis ont d’ailleurs soutenus l’adhésion de la Chine à l’OMC et des accords sur le libre échange, contre le terrorisme, le trafic drogue ont été signés entre la Chine et les États-Unis. Ce souci de normaliser ses relations passe par une stratégie d’évitement de toute possibilité de rupture politique, ainsi en 1999, lorsque l’ambassade de Chine à Belgrade a été bombardée durant la guerre du Kosovo, malgré une manifestation à Pékin, le gouvernement chinois s’accommoda rapidement des indemnités financières américaines et classa le dossier. Même concernant Taiwan ou l’Asie centrale, la Chine reste prudente. Certes, elle garde une politique très conservatrice (pour en prendre conscience, il suffit de se référer à la nouvelle loi sur le droit au recours à la force si Taiwan déclare son indépendance), mais l’île de Taiwan est protégée par 2 porte avions américains. Pour Taiwan, la Chine attend.
b) Perspectives politiques : Il est toujours malaisé d’élaborer des perspectives dans le domaine politique. Aussi allons nous nous contenter de rappeler quelques éléments qui pourraient nous fournir des pistes de réflexion. En novembre 2002, au 16ème congrès du PC, Jiang Zemin passe la main à Hu Jin Tao en tant que secrétaire national du parti en mars 2003, il devient président de la République et 2005 chef de la sécurité. Le 1er ministre est désormais Wen Jiaobo. Ce processus de transfert du pouvoir politique s’est précédé par une politique de pérennisation des intérêts personnels de Zemin, mais également des intérêts nationaux, puisque la stabilité était de facto le but recherché. Jiang Zemin en 89 a activé les Guanxi (collections), les réseaux de contact du pouvoir afin de préparer l’avenir. Il a poussé Zeng Qinghong à la 5ème place du pouvoir. Bien sur Zemin n’est pas plus un adorateur de l’intérêt national que peut l’être n’importe quel acteur politique, cependant son souci d’assurer son propre futur a coincidé avec le besoin du pouvoir central de fédérer de manière systématique les alliances autour d’un homme, autour du pouvoir. Aussi, si le principal débat en Chine aujourd’hui, en Chine, est le rythme de la croissance a adopter, il ne faut pas oublier que la toile de fond est toujours la stabilité du régime. Hu Jin Tao ne peut être le « Gorbatchev » de la Chine non seulement car il est mal vu par les intellectuels mais car il existe une réelle peur d’instabilité de la part des acteurs politiques et économiques. La collusion d’intérêts est par conséquent ici primordiale pour appréhender les processus sociaux actuels. Jean de Broglie |
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