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Astana tente d’obtenir un partenariat équitable avec Pékin ( 03 mai 2006) Marat Yermukanov
Alors que le grand jeu géopolitique perdure en Asie Centrale, Astana utilise intelligemment la carte chinoise pour contrebalancer l’influence des Etats-Unis et des pays occidentaux d’une part, et celle de la Russie d’autre part. Et au prix de critiques, Astana accorde de lourdes concessions à la Chine, ce qui peut à long terme porter préjudice aux intérêts nationaux. La récente visite du ministre des Affaires Etrangères kazakhstanais Kasymzhomart Tokayev à Pékin peut néanmoins être considérée comme une tentative de rétablir un certain équilibre dans ses relations avec la Chine.
Tokayev s’est vu chargé d’un agenda inhabituellement chargé durant sa visite des 11 au 13 avril 2006 en Chine ; il a en effet mené des discussions avec des responsables chinois à propos des questions énergétique, de communication, du transport, commerciales, mais également, et non des moindres, à propos des problématiques concernant les frontières communes (un sujet à discussion récurrent au sein des relations entre les deux pays). En raison des difficultés et de la complexité des problèmes qui subsistent dans les relations des deux pays, et ce malgré les nombreuses déclarations d’amitié lors des sommets bilatéraux, le ministre des Affaires Etrangères kazakhstanais a pu avoir de bonnes raisons lorsqu’il a reporté sa visite en Chine, initialement prévue pour la fin février.
Tokayev a cherché lors de cette visite à préparer le terrain pour la venue du Président Nursultan Nazarbayev à Pékin prévue pour cet automne. Selon certains experts, Tokayev a remporté une grande victoire et a rempli sa tâche, en arrivant à aplanir avec ses collègues chinois les difficultés majeures qui auraient pu embrunir le futur sommet. Le ministre a plaidé auprès du président du conseil d’Etat chinois Weng Ziabao pour travailler en commun d’ « une manière constructive » à propos de tous les problèmes portant sur les frontières, notamment dans les régions des rivières Irtysh et Ili. Il a appelé à « prendre en compte les intérêts à long terme des deux pays et l’importance de conserver un équilibre écologique dans la région et enfin [il a encouragé la promotion d’une] utilisation rationnelle des ressources en eau pour le bénéfice des peuples de nos deux pays ». En effet, depuis plusieurs années, Astana s’inquiète des projets chinois de construction de barrages qui ont pour but de dévier la route de la rivière Irtysh à des fins d’irrigation, mettant ainsi en danger les régions frontalières kazakhstanaises dont la culture du coton nécessite une grande quantité d’eau.
Tokayev et le ministre des Affaires Etrangères chinois Lee Zhaoxin ont déclaré que le Kazakhstan et la Chine n’avaient pas de divergences politiques, et que leurs vision des questions internationales était identiques. Un membre du Conseil d’Etat chinois, Tang Ziaxiuan, est même allé plus loin en appuyant sur le fait que la politique de la Chine faisant du Kazakhstan son partenaire stratégique en Asie Centrale était basée sur les intérêts à long terme du pays et ne répondait absolument pas à une approche conjoncturelle ».
Le succès politique de la visite de Tokayev avait été judicieusement préparé. Peu de temps auparavant, le ministre de l’Economie et des ressources minérales du Kazakhstan avait pris la décision d’exporter de l’électricité vers la Chine. En effet, la Chine et le Kazakhstan envisagent actuellement la construction conjointe d’une centrale hydroélectrique dans la ville de Yekibastuz, riche en charbon, dans le nord du Kazakhstan, au bord de la rivière Irtysh. La centrale dont les capacités ont été calculées de façon à fournir à la Chine 7200 mégawatts d’électricité, devrait devenir l’installation électrique la plus puissante de l’espace anciennement soviétique. Ce qui a attiré les investissements chinois est le faible coût du transport du charbon. Toutefois, les experts craignent que la centrale puisse provoquer un désastre écologique dans la région. En effet, le charbon contient un haut taux de substances toxiques et la production de poussières de cendres pourrait amplifier le taux élevé de cancers relevé dans la région de Yekibastuz.
La décision d’exporter de l’électricité vers la Chine vient à un moment où le Kazakhstan lui-même devrait faire face à une situation de ruptures énergétiques dans les parties Ouest et Sud du pays dans les dix ou quinze ans à venir. L’Ouest du pays et la région d’Aktobe dépendent entièrement des fournitures d’électricité à la Russie. Mais Astana tend à accroître son potentiel électrique avec l’aide chinoise, en dépit des risques environnementaux et politiques d’une telle entreprise. Pourtant, des mouvements populaires ont depuis longtemps élevé le ton contre les flux migratoires de populations chinoises dans le pays. Certains experts estiment qu’il y a 100 000 immigrés chinois illégaux qui vivent actuellement dans le pays ; d’ailleurs beaucoup d’entre eux espèrent acquérir la nationalité kazakhstanaise. Aisha Kozhabekova, un expert sur la Chine, pense qu’il n’est plus possible de renverser la situation et de renvoyer ces immigrés vers leur pays d’origine ; de plus, il soutient l’idée que le gouvernement doit poursuivre une politique d’intégration des populations chinoises immigrées au Kazakhstan, en les utilisant comme main d’œuvre ouvrière bon marché dans le secteur de l’agriculture et dans d’autres secteurs économiques où la main d’œuvre manque.
L’immigration chinoise était un des sujets abordés lors de la visite de Tokayev en Chine. Le Ministre des Affaires Etrangères a exprimé son inquiétude à propos de la croissance démographique des régions chinoises frontalières du Kazakhstan, devant atteindre 300 millions dans les quinze années à venir. « Mais malgré ces craintes, il n’y aucune alternative à la coopération avec la Chine. C’est une question de sécurité nationale pour le Kazakhstan » a-t-il conclu devant les journalistes.
La Chine, en quête de nouvelles ressources énergétiques, a fait de la construction du gazoduc avec le Kazakhstan et de l’extension du pipeline d’Atasu-Alashankou, ses priorités. De même la construction prévue d’une ligne d’électricité au nord du Kazakhstan fait également partie des projets phares de Pékin. Le gouvernement Kazakh a déboursé 50 milliards de tenge (soit l’équivalent de 400 millions de dollars) pour la reconstruction de la ligne ferroviaire Aktogay-Dostyk, longeant la frontière chinoise et a entrepris un programme de développement presque sans précédent de la gare de Dostyk ; modernisation pensée pour accroître les possibilités d’échanges commerciaux avec la Chine et de transit via cette ligne.
Pékin parle toujours de « partenariat stratégique et d’amitié éternelle » avec le Kazakhstan. Mais les signes d’une véritable confiance qui fonde toute amitié réelle, ne sont toujours pas visibles actuellement.
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