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OSC, une alternative au monde dominant (Elodie BRUN, 11/08/06)
En 1996, les Chinois inspirent la création, à Shanghaï, d’une organisation regroupant cinq Etats frontaliers de l’Asie Centrale. Ce groupe se donne le nom de « Mécanisme des cinq de Shanghaï » ou « Shanghaï Cinq ». Il comprend la République Populaire de Chine, la Fédération de Russie, le Kazakhstan, la Kirghizie et le Tadjikistan. En 2001, il accueille un nouveau membre, l’Ouzbékistan et se rebaptise « Organisation de coopération de Shanghaï » (OCS). Elle rassemble plus de la moitié de la population mondiale ainsi que l’énonce sa Déclaration de création. La Chine qualifie l’OSC d’une organisation régionale de coopération multilatérale alors que pour la presse occidentale, il s’agit d’un « forum régional ». Il apparaît évident que les différents acteurs ne lui accordent, ou ne souhaitent pas lui accorder, la même importance sur la scène internationale.
L’OSC tient chaque année une rencontre officielle des chefs d’Etat et des rendez-vous réguliers entre les chefs de gouvernement ont lieu sous la présidence tournante des pays membres.
En 2003, lors du sommet de Saint-Pétersbourg, les membres ont signé trois documents à caractère légal et politique : la « Charte de l’Organisation de Shanghaï », l’«Accord sur les organismes de lutte contre le terrorisme dans la région » et la « Déclaration des chefs des pays membres de l’Organisation de Coopération de Shanghaï ». Le premier formalise le statut de l’OCS et institue un secrétariat permanent siégeant à Pékin. Le second établit une agence anti-terroriste installée à Tachkent, ce qui permet de renforcer l’influence sino-russe dans ce pays. Et le dernier définit les principes régissant les rapports entre les pays membres : confiance mutuelle, avantages réciproques, égalité, consultations, respect de la diversité des civilisations et développement en commun. La Déclaration énonce également le respect de la Charte de l’ONU, la souveraineté, l’indépendance nationale, l’intégrité territoriale et les Etats s’engagent à ne pas chercher la supériorité militaire de manière unilatérale. Les principes d’une certaine politique de non-alignement sont appliqués. Les Etats membres tentent de définir une attitude commune et des propositions de principe sur les problèmes internationaux et régionaux. Enfin, l’accent est mis sur les notions de civilisation multiple, d’équité dans les relations internationales et de développement durable.
L’OCS a en particulier abordé le thème du désarmement. Elle soutient le Traité sur les missiles antibalistiques de 1972 comme fondement d’une stratégie de stabilité globale et une condition préliminaire au désarmement. L’organisation s’est opposée au bouclier antimissile des Etats-Unis ; car considéré comme dirigé contre la Chine et la Russie. De plus les Chinois sont en désaccord avec le système de protection que les Etats-Unis mettent en place à partir de Taïwan, car ils l’interprètent comme une offense politique.
L’OCS s’est originellement fixée l’objectif de combattre « l’extrémisme, le terrorisme et le séparatisme » dans un contexte de montée des forces islamistes et d’accroissement des tensions ethniques en Asie Centrale. En 2002, la Chine et la Kirghizie ont mené avec succès des manœuvres militaires conjointes contre le terrorisme à leur frontière. Ce fut la première action du genre dans la région. D’ailleurs, les effectifs de troupes militaires aux frontières des pays membres ont diminué avec la création de l’OCS.
La finalité de l’organisation énoncée par la Chine est la contribution à la promotion de la coopération entre ses pays membres, au maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région et dans le reste du monde. En réalité, les Chinois et les Russes utilisent cette entité régionale afin de contenir les avancées américaines dans la zone. Admis en qualité d’observateur, l’Iran tente de renforcer cette orientation antiaméricaine. Les Etats membres cherchent à renforcer les capacités et les compétences de l’OCS face à celles limitées de l’ONU et l’hégémonie américaine en son sein. On constate donc une évolution des objectifs de la création d’une organisation pour résoudre les problèmes frontaliers à un organisme d’opposition aux Etats-Unis.
Les principaux enjeux actuels de l’OCS résident dans la possible entrée de pays comme l’Inde, le Pakistan ou l’Iran. Lors du dernier forum en juin à Moscou, pour le cinquième anniversaire de l’organisation, la présence de l’Iran a suscité les critiques des Etats-Unis pour avoir convié le représentant d’une nation « terroriste ». L’Iran, l’Inde et Pakistan bénéficient pour le moment du statut d’observateur depuis 2005 et la Mongolie depuis 2004. Hamid Karzaï a aussi été invité à participer à la réunion de l’OCS. Copyright © 2006 [Regards sur l'Asie Centrale]. Tous droits réservés |
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