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L’OSCE et son ancrage centrasiatique ( 21 juin 2006)
Avec 55 Etats membres, l’Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe est la plus grande organisation régionale de sécurité dans le monde. Et si l’on en croit son site Internet officiel, « elle a compétence pour diverses activités toutes regroupées autour des trois dimensions de la sécurité –la sécurité humaine, la sécurité politico-militaire et enfin la sécurité économico environnementale ». L’OSCE a été présente en Asie Centrale depuis la dissolution du bloc soviétique. Après de multiples initiatives pas toutes réussies, l’organisation semble désormais participer grandement au développement de la région. Cependant, des mésententes et des maladresses dans son fonctionnement pourraient entraver durablement son ancrage en Asie centrale.
Les leçons tirées de la révolution des tulipes au Kirghizistan Les autorités centrasiatiques ont pris acte des diverses révolutions qui se sont déroulées au sein de l’espace anciennement soviétique (Géorgie, Ukraine et Kirghizistan). Elles ont peu à peu pris peur face à un phénomène qui s’engagerait éventuellement dans l’Asie centrale toute entière. Et selon elles, l’OSCE est devenu un instrument de cette politique du « changement », soutenue en premier lieu par les Etats-Unis. Et ce qui s’est passé au Kirghizistan pourrait fort bien se dérouler en Ouzbékistan ou au Tadjikistan. Les politiques des Etats-Unis sont de plus en plus présentées comme un obstacle au rôle que l’OSCE pourrait remplir dans la région. Deux formes de pression sont mises en avant pour illustrer cette influence américaine sur l’organisation : 1) Interne, 2) Externe. Au niveau interne, le fait que les Etats-Unis soient membres de l’OSCE a mis cette dernière dans l’embarras plus d’une fois et lui a valu de revoir ses déclarations initiales qui auraient pu être plus critiques envers les actions engagées par la Maison Blanche dans la région. De plus, l’instrumentalisation de l’organisation est dénoncée au travers de la focalisation sur une ou deux activités sur lesquelles les Etats-Unis mettent l’accent en écartant toute autre compétence. Au niveau international, la pression provient des Organisations non gouvernementales.
Afin d’être plus efficace, l’OSCE devrait considérer la possibilité de donner davantage d’autonomie aux bureaux régionaux de l’OSCE. Il y aurait alors des efforts plus prononcés afin de comprendre les dynamiques régionales et les populations de la région centrasiatique. De plus, c’est certainement le seul moyen pour l’OSCE de créer des moyens de concertation et d’interaction directe. Mais à cette demande d’autonomisation, il existe de grandes réticences tant au niveau organisationnel qu’au niveau des Etats membres et des organisations non gouvernementales voyant une éventuelle participation/aide des bureaux régionaux de l’OSCE à l’élaboration de politiques nationales un frein à leurs propres politiques et compétences. Néanmoins l’implication de l’OSCE est plus que désirable : dans des domaines tels que le contrôle des frontières, le trafic d’êtres humains, les procédures de douanes, l’éducation, le trafic de drogue, les centres de l’OSCE bénéficient de compétences réelles et reconnues et peuvent apporter aux autorités locales un soutien substantiel. Ce soutien a d’ailleurs remporté des succès dans la lutte contre le terrorisme et contre le crime organisé.
Révolution ou révolution. L’Asie centrale n’est pas une région homogène. L’idée que l’ensemble de l’espace soviétique serait similaire est une idée fausse. Si les interactions avec l’Europe de l’Est ont pu, un temps, renforcer cette idée, toute volonté de parachever un progrès en Asie centrale doit se défaire définitivement de ce cliché. L’hétérogénéité est si forte qu’au sein même d’un même Etat, des différences sont criantes. Chaque province et chaque zone de chaque république centrasiatique nécessitent une compréhension et un traitement spécifique. Cette difficulté interne demande que le personnel de l’OSCE demeure assez longtemps dans le pays pour créer les contacts avec des interlocuteurs pertinents, pour avoir une vision la plus proche possible du pays et de sa population. Séjour à la suite duquel l’OSCE aura les cartes en main pour identifier, définir et gérer des programmes réalistes et efficaces. L’évolution ne vient qu’à la suite de nombreuses étapes –cela demande certainement de la patience.
Interaction ou ingérence ? Lorsque des personnes provenant de différents horizons viennent à se rencontrer, la frontière entre l’interaction et l’ingérence est souvent difficile à délimiter. Même le plus petit et le plus faible pays résistera fortement s’il ressent toute tentative d’immiscions dans ses affaires internes. Or quelle est la différence entre l’ingérence et l’interaction ? Lorsque vous partagez du pain avec quelqu’un, c’est de l’interaction ; si vous insistez sur le fait que le pain doit être coupé de manière rectangulaire et non d’une autre façon, c’est de l’ingérence. En Asie centrale, depuis surtout les révolutions de « couleurs », il se manifeste une véritable peur de l’ingérence de la part des autorités gouvernementales.
Relations de l’OSCE avec les Etats non membres dans la région C’est une question importante, puisque l’organisation en maintenant sa présence en Asie centrale, a des frontières communes avec l’Iran, l’Afghanistan et la Chine. Beaucoup des problèmes auxquels font face aujourd’hui les républiques centrasiatiques proviennent de ces pays et n’importe quel plan visant à renforcer la question sécuritaire en Asie centrale, doit prendre en compte les dynamiques existants au sein de ces pays.
Retour aux sources Pour toutes les questions pratiques, l’Asie centrale n’est pas l’Europe. Si la Turquie et la Russie, deux pays dont les caractéristiques se rapprochent de celles de l’Europe, ne sont pas européens, comment pourrait on justifier le fait que l’Asie centrale en fasse partie ? Même l’Europe n’est pas un bloc homogène. Il y a l’Europe occidentale, l’Europe centrale et l’Europe de l’Est. Il y a la vieille Europe et la nouvelle Europe. Dushanbe est très loin de Vienne ou de Bucarest pour plusieurs raisons. Il peut être avancé que l’OSCE n’a pas les mêmes objectifs et les mêmes espoirs pour l’Asie centrale qu’elle n’a pour l’Europe continentale. Tout réside dans cette question : Qu’espère l’OSCE de son rôle en Asie centrale, et inversement, qu’attend l’Asie centrale de l’OSCE ?
Voici quelques réflexions qui peuvent être utiles à la bonne implantation des activités de l’OSCE dans la région.
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