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Lettre d'information
16/03/2006 13:38:06
La dérive autoritaire du Kremlin
Dans la guerre contre le terrorisme international, les politiques américaines et russes se rejoignent. La Russie a t-elle d'autres choix d'ailleurs? L'Europe s'avère trop frileuse et attentiste. Le mépris que montre le Kremlin face aux injonctions européennes sur la Tchétchénie - peu nombreuses - démontre que l'Union Européenne n'est pas considérée comme un acteur politique d'importance. Etats-Unis par défaut donc? Pourtant l'alliance stratégique entre les deux pays repose sur des bases solides car ce sont les intérêts mutuels qui la cimentent et non la conjoncture. Le discours de Sergei Lavrov sur le terrorisme nucléaire doit se comprendre comme une volonté russe de s'impliquer dans les décisions internationales contre ce type de terrorisme (certaines organisations criminelles transnationales en CEI pratiquent le trafic de matériel nucléaire). Par ailleurs, le Kremlin a décidé de ne plus de soumettre à l'application "double standard" qui différenciait schématiquement les groupes armés non étatiques et les groupes terroristes, et de renforcer la liste noire existante des groupes terroristes et individus recherchés au sein du Conseil de Sécurité.
La récente collaboration entre services secrets israéliens et russes après les attentats aériens en Fédération de Russie a de toute évidence renforcé une vision globale au Kremlin qui cherche à couper les soutiens politiques et financiers des réseaux de militants du Caucase Nord et des terroristes allogènes. Les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme international vont de toute évidence changer les relations entre la Russie et Israël.
L'arme économique est devenue un instrument dans le nouveau jeu diplomatique des relations internationales que parait suivre désormais la Russie, d'autant que le pouvoir contrôle vraisemblablement l'industrie pétrolière du pays. L'assurance du Kremlin que Yukos ne serait pas nationalisé a rassuré les investisseurs étrangers et le consentement du président Poutine de suivre le Protocole de Kyoto ont été ressenties comme des victoires pour l'Europe. Pour la Russie, l'arme économique permettra de maintenir l'Union Européenne sous une agréable dépendance énergétique alors que grâce à la crise de Beslan, la Russie renforce son rôle dans la coalition contre le terrorisme international.
Le degré de nuisance que gardent les Etats-Unis (lorsqu'ils accordent l'asile à Zakaev) suscite les attaques verbales russes comme la condamnation de l'inefficacité des troupes de l'OTAN en Afghanistan contre le trafic de drogue. Cependant, l'instabilité favorisée par les réseaux de drogue menace de faire de cette région une terre d'accueil pour les groupes terroristes (des réseaux de cellules mixtes terroristes/mafias de drogue ont déjà été découvertes en Asie Centrale).
L'"étranger proche" de la Russie parait être devenu une zone que le Kremlin veut à tout prix sécuriser par des accords, des pactes et des organisations régionales (Organisation de Shanghai, Traité de Sécurité Collective). La Géorgie sera-t-elle sacrifiée sur l'autel de la nouvelle donne internationale? Alors que les Etats-Unis se tournent vers l'attentisme dû aux élections, l'Union Européenne comme en Yougoslavie ne désire pas s'impliquer seule dans un règlement des conflits au Caucase. La pression russe sur la Géorgie s'est accentuée depuis quelques mois. Par ailleurs, la Géorgie, privée de ses droits de vote à l'ONU à cause du non paiement des cotisations, doit se plier dès le 21 septembre (la Russie s'impose comme le modérateur éternel des conflits séparatistes géorgiens et des réfugiés tchétchènes sont chassés de la région de Pankisi). Cependant, lorsque les intérêts nationaux géorgiens ne coïncideront plus avec les intérêts russes de puissance, une nouvelle crise se déclenchera-t-elle? (encore une?). La Géorgie risque de ne pas en sortir vainqueur.
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